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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 18:49

Désosser une carcasse de murs cuite au soleil suppose, primo, une aile de papillon quelque part, mais au loin. L’important consiste à déclencher en temps et en heure les trompettes de Jéricho (Livre de Josué, chapitre 6, verset 2).

 

Par une honorable contrefaçon, millepertuis et chèvrefeuilles servent de relais et d’amplificateurs dans le stade suivant. Reconnaissables, les enfants de l’après-guerre en noir et blanc, posent crânement sur une photo écaillée; la brisure du cadre prend forme. Une liane à fumer vissée aux lèvres fournit l’additif nécessaire pour paraître âgé : une image en CO2.

 

Puis, après un dernier grincement, le silence s’étend. La machine agricole est figée. Au-dessus d’elle, les frondaisons métalliques d’une herse gardent comme de la salade entre les dents. Un vague cliquetis laisse deviner, dans l’atelier, la sortie de la vieille faucheuse : chut ! ne pas lui donner de nom, elle a mis sa tête de…

 

La suite n’est qu’affaire de patience et de chance. Du rouge comme de rouille arrive à la brunante, traversé de fils détendus en réseaux d’araignées, l’oïdium finit son ouvrage sur le rosier pompon sous la marquise, dont les yeux de verre deviennent vitreux, pleins de souvenirs de…

 

À ce moment précis, le sureau attaque par le côté ouest de la cour, porté par le vent de la vallée. Tandis qu’une lumière basse et ambrée effleure le crépi, les volets se déchirent sur le frais de la nuit, la maison prend un air de casemate, craquelée en coquille d’œuf. 

 

Sous le trompe-l’œil d’un corps de ferme repu de débris, des carapaces tremblent déjà émiettées. On sent enfin ci-devant l’odeur de poussière tombant avec le soir sur les poutres incurvées de fatigue. Dans l’ocre des tuiles maintenant en arlequin, un cube de gravats est prêt pour le grand jeu, 

 

Quelque part dans les déchets en germe sous l’abondance de jadis, ainsi peu à peu, les orvets et les ronces à venir montent une garde discrète sur cette ancienne île, autrefois logis peuplé d’humains : leurs âmes errantes, ou bien le papier d’Arménie, au fond d’un tiroir, parlent parfois d’eux.

 

Dans la baraque en voie de décomposition, sous la pluie ensoleillée des suds crayeux, entre les vieilleries croupies, un filet de clarté et de frénésie arrêtée coule d’une fissure comme le jus gras d’une tourte crevée, je déguste avec gourmandise un sot-l’y-laisse juteux : un peu d’hier estompé dans un fatras d’entre-deux.

Oui, il est bien difficile de faire une ruine digne de ce nom.

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rédigé par le babel
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emmanuelle grangé 21/05/2015 11:10

cliques-tu sur la petite enveloppe (colonne de droite) pour avertir tes abonnés lorsque tu postes un texte ? (c'est peut-être ça, le caprice)

l e b A b e l 22/05/2015 18:28

Je n'en vois pas, de petite enveloppe ! Mais je regarderai au prochain envoi.

emmanuelle grangé 21/05/2015 10:23

(vais essayer pour la énième fois de me réabonner à ton atelier)

l e b A b e l 21/05/2015 11:01

OverBlog a des caprices de diva !

emmanuelle grangé 21/05/2015 10:22

en tous sens

l e b A b e l 21/05/2015 11:02

Oui, les massacreurs ne savent pas bâtir de ruine. Ils ne font que détruire.

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