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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 13:53

Oui des enfants ont été assassinés, mais de là à demander la peau de leurs tueurs… memento, memento…

 

Memento Clairvaux

La folie de moines qui battaient le fer, taillaient le bois, décapaient les âmes à l’acide du travail et de la prière, et où d’une forêt surgit un vaisseau comme une ville, et dont la jeune République fit un bagne, accessible dès cinq ans passés.

Memento Clairvaux

Là où de blanches coules jouaient avec le silence, louvoyant entre mystère et vitraux, Clairvaux, l’abbaye aux trois cents abbayes filles avec de doux couloirs clairs ensuite repeints au badigeon verdâtre de l’administration pour deux siècles à devenir l’art d’enfermer et d’être une prison.

 

Memento Clairvaux

Et le cri de Victor Hugo

Les couleurs sont sales, parce qu’elles n’ont jamais été propres. Des lettres aux galbes raidies administrativement sont autant de guides muets. Clairvaux a mis en clôture des centaines de morts vivants, le temps d’y survivre.

Memento Clairvaux

Pas d’isolement, là où on isole du reste du monde. Des dortoirs, à vingt par cachot, où le caïd est roi, glacial, dans un coin, un œilleton, pour savoir, sans plus, dans un autre, une tinette de pierre qui se verse dans un seau, dans le couloir. Cellule d’antan juste avant vers celles maintenant.

Memento Clairvaux

 

Intenable. Ingérable. Dangereux : même pour les gardiens !

Au XXe siècle, c’est, Monsieur, le siècle du progrès. Le soir, chaque détenu a son coin à lui pour dormir. Ce furent, jusqu’en 1970, les « cages à poules ». Sortez le matin, direction l’usine carcérale, rentrez au soir chacun dans vos cubes de deux mètres d’arête, grillagés devant et au-dessus, vingt-quatre clapiers sur deux rangés chacun fait des cloisons du voisin et un toit de grillage pour tous, un lourd pêne les fermant toutes d’un geste.

Et la nuit, les cris, les hurlements, la folie.

Pisse où tu peux,

Fais comme tu veux.

Mais ferme la qu’on dorme,

Qu’on s’évade où que les filles sont belles.

Sur la cloison d’un parmi deux, rangée des plus vieux, trois femmes de papier en grisé des années folles, à la garçonne, leurs cuisses un peu découvertes, les épaules nues. Le rêve dure encore, même si le rêveur est mort.

Memento Clairvaux

Clairvaux Quartier de Haute Sécurité demeure pétrifié et glacial. Ce fut toujours la prison des « politiques », ceux qui sont passés aux armes, encore aujourd’hui, c’est la résidence de Carlos, ce fut celle des Basques, d’Action Directe. Et d’être passé aux armes, que ce soit Louise Michel ou Maurras et ses sbires, ils furent beaucoup à être passés par les armes. Vous me direz qu’ils l’ont bien cherché, dites-le à ceux que les nazis gérants du lieu ont envoyés à Mauthausen.

Memento Clairvaux

 

Memento Clairvaux

 

Je sens le poids des morts. Je sens le poids des jours. La durée des peines s’est allongée sous Madame Guigou de gauche. La liberté conditionnelle n’est pas un impératif. Et les détenus vivent mieux, meurent moins « pendant ». Quand on se sent déjà mort « pendant », se pendre est juste une correction du langage.

 

Memento Clairvaux

Entre les cages à poules, dans l’ombre de Buffet et Bontems, aux sons pop des années soixante-dix, lorsque coupait la Veuve, lorsque les loquets ne pleuraient pas parce que seuls les hommes pleurent :

 

Memento Clairvaux

 

Je sens le poids des jours. Je sens le poids des jours. Je sens le poids des jours. Je le crains le poids de ces jours. Je sens le poids de leurs jours. Je lis les vies mâchées par la suie des poêles. Les couloirs élégants tronqués en deux étages, leurs carrefours à grilles, barbecue gelé. Je frissonne l’effroi des jours. Je sens le poids des jours. Je sens le froid des tours. Maman, j’ai froid. Je pends la soie des morts avec les toiles d’araignées. Je sue sans joie le temps sourd, temps, tant de temps, les ans résonnant dans les coursives. Écho des pas qui ne mènent nulle part. Le poids des portes qui ouvrent sur des portes qui donnent sur une cour qu’entoure un mur, et un autre, puis un autre : six en tout. Avec la splendeur déchue des pierres anciennes, la crasse et les panneaux judiciaires font d’Alighieri un chroniqueur ordinaire.  

Memento Clairvaux

 

Lourdes peines. Lourdes pennes sans elles. Lourds pênes.

Vous qui êtes entrés ici, aviez-vous perdu toute espérance avant ou pire, après, en sortant ?

 

Memento Clairvaux 

 

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rédigé par le babel
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