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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 07:07

Lorsque j’étais un enfant, dès que possible au printemps, nous aimions descendre jouer dans les torrents, et y construire à travers le courant un havre si bien nommé à l’aide de pierres érigées en barrage.

Dans nos esprits, le visage aux cheveux châtains et aux bleus yeux d’un homme habillé à demi comme un scout, à demi comme un ranger, s’échappait d’un illustré. Habile, il savait, en quelques coups de son coutelas, faire d’une branche de coudrier et de quelques languettes de bois, un moulin capable de tourner ainsi que tournaient, dans les courants d’air, les pages du calendrier perpétuel, lestées de leur socle en bakélite noire et retenues par deux gros fermoirs nickelés.

Nous ne parvenions, avec nos canifs, qu’à tailler quelques écorces tendres et épaisses de sapin, les user en forme de navette, les évider et, une fois plantée une branchette en leur centre, devenir l’Onassis du sous-bois.

Lorsque le jour baissait, que les tâches réservées pour nous à la maison nous rappelaient à nos conditions, nous libérions nos armadas en mouillage à l’abri du barrage, en brisant ce dernier à l’aide de branches disjoignant les pierres.

Les bateaux dévalaient alors le courant, s’enfonçant vers la nuit, l’obscur, le froid.

Je m’en souviens maintenant que j’ai retiré mes jambes du courant de l’été, et que les souvenirs taillés sous le soleil, à distance du travail, reprennent leur course avec les soirées abrégées, le retour à la maison, au travail, et la descente vers les journées fraîches, sombres, humides, puis froides.

Le barrage plein de boissons en terrasses, des semaines posées en travers du cours du temps, il a bien fallu se résoudre à le faire tomber.

Je regarderai passer de loin au loin les navettes qui tanguent encore dans ma tête, lorsqu’une pause, une journée chaude les extrait du sombre qui s’étend.

À la Noël, à mi-course, combien seront en lice dans la régate ?

Je ne suis plus jusqu’aux genoux, dans le calme d’un havre monté dans le torrent des jours.

Je marche de plus en plus courbé par de plus en plus de pluies, ne m’arrêtant que sur les ponts, pour regarder passer avec le temps, la boue et les fleurs arrachées aux berges.

Je dois même me hâter : les tâches réservées pour moi me rappellent à ma condition.

C’est la rentrée.

Les torrents savent jouer et chanter sans moi ; mais moi, sans eux ?

 

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rédigé par le babel
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