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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 10:48

Trois millions d’années d’évolution ne m’ont pas donné la parole pour que j’abandonne le dernier mot de mes heures à la douleur, la peine, le deuil. Même sur les tombes, je lirai les noms à voix haute pour voler à la mort cette prétention au dernier mot.

C’est pourquoi, je ne cesserai de dire ces jours ces deux mots : Troy Davis. S’il est vrai, comme parfois on le dit, que les exécutés sont inhumés sous leurs matricules dans les cimetières des pénitenciers, alors le moindre service que je dois à Troy Davis est de ne laisser le dernier mot ni à ses bourreaux ceints de sainte morale, ni à la mort enceinte d'elle-même, et ce quel et qui que soit l’humain pris dans sa dévorance.

La mort, tu as eu ton temps de parole. Trop à mon goût. Maintenant c’est à nous.

Écoute bien.

Les matins sont frais, les après-midi chaudes : l’automne est stagiaire et travaille à mi-temps. Ici et là se lèvent les bruits du jour : autant de haltes dans les ubacs, les dolines, et les bosquets. Les rivières — m’avait dit un certain — sont les larmes de la terre, et les vallées ses rides. J’ai remonté les courants pour la regarder dans les yeux, et lui parler. Mais je n’ai jamais trouvé ses yeux. Les rivières ne sont pas les larmes de la terre.

L’été, quand les rus sont à sec, les guerres sont en rut, la terre ne pleure pas.

Le matin est doux, l’après-midi caressant : le bonheur est stagiaire et travaille à mi-temps. Ici et là se lèvent les mêmes bruits, là où samedi et dimanche ne changent rien à la douleur de ne pas être en pleine vie : entre les projets des uns, les refus des autres, coincés dans ces maxillaires, des humains sont mastiqués.

Chronos ne travaille jamais à mi-temps.

Mais nous, nous parlerons encore à temps et à contretemps, en contre-chant, en contrepoint des stèles funéraires, promises ou déjà érigées.

Les matins coassent, les crépuscules jacassent, la douleur et les deuils passent en escadrilles dans nos nerfs, tandis que nos machines vont répétant à l'envi des musiques bâillon des black-out.

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rédigé par le babel - dans principes
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 30/09/2011 20:19



j'écris peu, lis beaucoup et signe, signe, signe des pétitions.  Il faudra tout reconquérir et sans cesse remettre les mots dans les tasses à mesurer. Reprendre écriture et terre ferme.
Vivre ouvert est à considérer. Vivre lucide sans se fracasser sur l'abîme, sans se brûler les yeux, sans se dévorer le coeur, sans point final



le babel 30/09/2011 20:46



À l'inverse, je fuis les pétitions, et préfère envoyer un texte travaillé qui grâce au web peut figurer sur le site posant la question. Mais c'est mon oklophobie qui ici me dirige…



emmanuelle grangé 27/09/2011 09:06



ce jour-là, ma fille de 22 ans me téléphona d'urgence; il me semble voir plusieurs loupiotes grondantes, indignées (qui ne se recouchent pas !)



le babel 27/09/2011 16:09



Un coup de bignou pour ne pas laisser à la mort le dernier mot ? Oui ! soyons simples, alors nous serons audacieux…



François Laur 25/09/2011 22:29



La lucidité est parfois aveuglante...



le babel 25/09/2011 23:24



Oui, à voix haute, puisque nous en parlons en public, tu as raison. Cette lucidité m'aveugle. Je ne peux presque plus écrire. Je dois attendre non
que cesse la fascination de l'abîme, mais que monte le lent silence apparent des phares qui montrent dans un chapelet étrange, au creux de la nuit, où est le chemin qui traverse les coteaux
avoisinants ? Les vignes vont s'endormir, les bras coupés. Dans les foudres, le verjus passe en vin. La maturation des caves. La nuit. L’odeur
du salpêtre et de l'humidité. Encore la nuit. Les vignes qui dorment encore. L'odeur de pommes aigres montant du soupirail dans les entre-marches de l'entrée. Toujours la nuit. Mais déjà un
faisceau en suit un autre. Et peu à peu, je distingue qu'un chemin s'en va vers l'aube, et que d'aucuns y roulent déjà. Mais la nuit allonge sa foulée sur l'automne. Tantôt, ce sera le jour qui
la remplacera. Et reviendra la sueur sous le lin, celle du temps facile.



François Laur 25/09/2011 18:24



Babel n'est certes pas m'Abel ! Mais à se laisser fasciner par l'horreur, on risque la myopie : les lucioles n'ont pas disparu, mais sans doute faut-il changer de lieu pour les apercevoir.



le babel 25/09/2011 20:06



Que ne puis-je parfois peindre la nuit où se verront les lucioles, tendre la toile de fond, et sourire parce que l'aube est déjà là, aux Antipodes, mais là…



François Laur 21/09/2011 15:25



DANS L’ABRI DE LA JUXTAPOSITION


 


Si tu regardes longtemps dans un abîme,            


                                                                
l’abîme regarde aussi en toi.


Friedrich Nietzsche


 


Si convulsées que soient certaines villes (quelles, longtemps charbonnières, sans douleur ?), il est possible d’échapper à leur deuil, quelquefois en leur centre même, dans un jardin public, un
parc. Ils sont là, malgré tout, lieu de refuge, voire de chaude intimité – les amoureux se bécottent sur leurs bancs, dit la chanson, et elle sait ; on s’y prend les mains, s’agrippe
doucement l’un à l’autre. On s’y parle heureux.



le babel 25/09/2011 17:46



Oui, François, mais l'abîme n'est pas Caïn, et je refuse d'être appelé m'Abel.



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