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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 04:39

 

J’ai mon dictionnaire de rimes, si besoin. Mais je n’en ai pas besoin : il me faudrait tout d’abord écrire.

Je n’ai rien qui descende de la tête au doigt. Pas de ruisseaux d’automne qui détrempe les prairies et les cheveux, qui force la première putréfaction par le gel matinal. Putréfaction ? Aurais-je dû dire fermentation, la noblesse d'un fût ? Qu’importe, "je suis à sec parce qu’il faut que cela pourrisse dans mes caves peut-être, entre la tête et les doigts, c’est certain". Voilà pour la version du Parti.

Je n’ai rien, mais rien, à dire.

Un chiffon, ou quelque chose façon chiffons, gris et ternes me sert de paysage intérieur.

Je regarde les prés : la nature n’est pas sauvage

Elle est au carré dans ses humides bocages :

Il me suffit d’entendre encore tous ces ages

Toutes ces rimes en oir, en our, en ile, en trop

Elles chantent Trenet avec sa Douce France

Elles me montrent la vie d'une génération Mitterand !

Du chiffon, ou quelque chose façon chiffon, gris et terne : je n’ai donc pas mieux en moi, hormis ce vague dépôt qui nous est commun autant que banal ?

J’ai bien une chose bien à moi : j’ai ce rien. Ce rien rien qu’à moi.

C’est un échec en bordure de la journée à l’idée de la journée.

La marche n’est ni trop haute ni trop cirée : l’idée de la gravir n’évoque rien. Qu’elle soit automatique, que les tâches s’avancent avec l’inéluctable d’un escalator, je la franchirai. Ni répulsion ni attrait : rien.

J’appuie mon front contre la vitre. Elle est froide. Entre moi et la rue, une fragile transparence ? Non. Une faille. Tout est si fade, que je n’ai d’autre choix qu’enfourner du travail dans la gueule des heures.

Tout apparaît déjà fané, avec le goût et l’odeur des sacs redécouverts au grenier et qu’on croyait partis dans l’oubli des déchetteries.

J’ai mon dictionnaire de rimes, si besoin. Mais je n’en ai pas besoin : il me faudrait tout d’abord écrire. Mais je n’ai rien. Rien qui me sépare d’écrire et de ne pas écrire.

Il n’y a pas de « ciel bas et lourd », ni « d’horizon en proie au long ennui ».

Il n’y a rien. Ce n’est rien. Il n’y a rien hormis ce léger dépôt commun : clichés et ficelles, rimes et ribambelles d’aisances. Trois fois rien.

J’en viens à voir la pluie comme autant de sueur coulant des arbres, ces aisselles du ciel. Sans encore comprendre comment ce ciel peut s’agiter ainsi pour trois quatre lambeaux de grisaille.

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rédigé par le babel - dans de vous à moi
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anatole2011.over-blog.com 26/10/2012 16:34


"Je n'ai rien qui descende de la tête au doigt"


Cela me parle et cela est vrai car les mots montent, montent de la terre à l'assaut des ombres du corps, cherchent un chemin vers le jour et vers l'autre, c'est tout le corps qui écrit et une
partie de cette nuit d'os et d'histoire.


J'aime beaucoup cette version que je découvre après la 2


Merci de t'occuper même du rien et d'en tirer la vie.

le babel 27/10/2012 05:08



En ce moment, c'est plutôt le rien qui s'occupe de moi. Mais bon, laissons-le jouer, ça lui passera. merci de tes passages



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