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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:29

Ce n’est pas l’angoisse de la feuille blanche.

Nihil dicendum.

Rien à dire.

Ce qui veut dire

— non, rien — oui, sans gravité —.

(Impossible d’utiliser le lave-vaisselle comme métronome : le pire étalon que je connaisse ! Le lave-linge avec son tambour régulier martèle bien mieux.)

Pourtant, le théâtre des jours joue les prolongations, drames et comédies.

(Sans importance, cet automne estival, comme un bois où un maître de la Renaissance aurait peint le bonheur, teinte les forêts d’une veinure de santal ; au départ, des herbes foulées puis une vapeur vers les rameaux séchant sur une nappe de lumière melliflue.) (Le lave-vaisselle tente une danse et remue.)

Demeure le rien.

(La machine reprend son incohérence rythmique ; mais bien sûr, aucun ingénieur pour se soucier de cela, car vendue pour silencieuse, au lieu de devenir comme une comtoise la charpente des non-dits sur symphonies domestiques.).

Nihil dicendi.

Vous me direz les guerres, les épidémies ? Tant déjà de brouhahas.

Je vous répondrai quelques riens.

La lente glissade vers le sommeil, pente savonnée par une journée au travail, elle en appelle une autre, quelques milliers d’autres : alors plus tard, des canapés, un vin mousseux, un discours, la retraite, les années qui filent, les décennies, et apothéose marmoréenne, une facture pour chaque lettre gravée, la plaque coûte si cher, partant, on choisit le bref : nom, dates, regrets.

Une affaire d'entendue, une.

Ne reste de ces beaux jours et ces sales nuits que rien de particulier.

Rien à dire : cela seul nous demeurera.

(Les lave-vaisselle adopteront-ils un jour quelque chose d’audible portant l’écriture vers un rythme ?)

Tous nos dires alignés, proprets, prennent poussière dans l’armoire, en rangées de cristal gravé à l’acide qu’on se doit de laver à la main, fragiles dépositaires des confidences du soir, trompettes de nos renommées en fin de repas, quand « je ne voudrais pas dire, mais quand même… » et un temps plus tard dans le chuintement du liège sur le col de verre, dans le grincement du gond annonciateur du loquet, une brume distillée efface de la mémoire le trop dit.

À quoi bon dire quand on peut écouter les choses ?

 

 

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rédigé par le babel - dans de vous à moi
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commentaires

patrickdreux.over-blog.com 05/02/2012 11:17


Un triptyque que l'on referme en tendant l'oreille...

le babel 05/02/2012 11:30



Tel est la visée, de fait, passer du discours à la parole



emmanuelle grangé 12/10/2011 12:39



C'est aujourd'hui que je te lis pour de vrai (t'as qu'à croire que même encombrée d'histoires, je ne zieute pas tes publications) et que je me sens un peu moins seule (ah, la prétentieuse!)



anatole2011.over-blog.com 07/10/2011 14:48



et voilà!


écrire, c'est écouter une autre fois


d'une autre oreille



le babel 09/10/2011 18:55



Merci d'avoir suivi jusqu'à la fin du triptyque !


Écrire commence par écouter, puis évidé restituer


l'instant futur, empli d'un déjà souvenir


comme une truite par des amandes



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