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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 22:59
Rien à déclarer — II —
Ne rien avoir à dire ne pose pas de problème, avec tant de façons d’écrire. Qui a mis au point le sonnet, le lai ? Qu’importe. F. Ponge a inventé la chronique poétique : le récit, les états progressifs du poème où tout y danse. Les strates déposées donnent un volume aux hésitations. Ce genre s’adapte aisément à un blogue au cheminement balbutié, terme et chapitre à la fois.
Unité de temps, celui d’un essai poétique qui aboutira ou non ; avantage de l’Internet, l’exercice peut se jouer en léger différé, bien que personne ne soit en mesure de le savoir : même l’échec appartiendrait à une fiction littéraire, un refus des violons avant le rideau. 
Unité de lieu, dans l’espace clos d’une thématique, où vont s’affronter les outils linguistiques, les capacités personnelles, et la résistance des lettres.
Unité d’action, écrire ce rien à dire.
La farce tragique de Monsieur est avancée.
Sur la table, comme un « ersoffener Bierfahrer » de Benn, ces mots du rien à dire et mis sur la Toile hier… 
À première vue, il n’éblouit pas de prestance. Certains prescriraient de l’euthanasier :
« Ce n’est pas l’angoisse de la feuille blanche » ; minerai brut, fruste où  le premier verbe déjà édulcore. Ersatz de phrase.
 
Usinage.
 
L’image du rien n’a ni lieu ni temps déterminés, flottement entre passé atone, futur imprécis, faux présent. Ils deviendront indolents dès la fin de l’arrière-saisonne. 
Dans le reflet des calendriers givrés, un rien s’évade, haleine visible un instant…
Pour que cette réflexion à vide s’époumone, il faudrait encore sans verbe terne affadir les couleurs. Puis décider d’une possible quasi-parité entre le fort et le faible. Juste tendre à l’absence de mouvement et de tension : encéphalogramme plat.
La syntaxe en balancier immobile oublierait une sève figée roulant sans effort sur la pente menant de l’équinoxe au solstice. La mécanique et les aiguilles de l’horloge. Une ligne pour rien, tombant flétrie sous les jupes noires de l’hiver, quand matin et après-midi ne sont guère plus grandes que des chevilles abritées du froid.
Trois fois rien à dire, et tant de petites choses à vérifier, tant d’épines de sapin à maintenir au vert pour équilibrer la bise des monnaies de singe sépias, faces de coings et bouilloires de cuivre. Le texte d’hier comporte vingt répétitions. Il faut donc e choisir celles à conserver pour rythmer les rayons de la cave, celles à rejeter du cellier au plus vite.
Question : en visant le rien, qu’apporterait une automne au féminin ?
Donc, 
« Pas d’angoisse de la feuille blanche.
Nihil dicendum. Rien à dire. »
Cela impose-t-il pour autant d’en dire deux chose ?
Le lave-vaisselle vient de se mettre en route.
(À suivre)

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rédigé par le babel - dans de vous à moi
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