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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 06:49

J’ai revu « N. » Il a obtenu après moi les mêmes titres que moi. Il lui manque mon expérience, mon renom. Il a de quoi compenser par ce génie du badinage mondain que je fuis, où il affûte ses lames contre ce qu’il n’a pas. Je n’ai pas revu celui qui, chez nous, avait table ouverte ; nous apprécions sa présence. Soudain, en quelques mois, il a changé nos noms : lui « Iceberg », glacial et distant, et moi « Titanic ».

En quelques mots, j’ai lu dans ses yeux, appris dans ses actes que désormais nous ne sommes que rivaux : un seul doit primer. Le cerf a bramé. Ses andouillers encore duveteux ont été affûtés sur les colonnes de marbre, sur les galons des Autorités. La lice est ouverte. Vae victis. Il a effilé ses canines aux sourires de circonstance.

Nous n’irons plus au bois : les lauriers sont coupés

la belle que voilà ira les ramasser

Nous ne mourrons pas d’autre chose que d’être des prédateurs absolus.

Je ne lutterai mie. Je ne suis pas de cette lice. Qu’ai-je à faire des intronisations gagnées en flattant : serais-je Directeur des Flatteries Utiles ?

Je n’irai plus à ses dîners : l’appétit est coupé

À faire la belle, voilà, il pourra amasser

Je goûte le silence solitaire d’un repas non partagé. J’y mangé seul. Seul, mais sans hypocrisie. Seul, mais bien. Monade urbaine pour un temps dans le silence des compétitions mises au loin. Un doux reflet de miel sur le parquet a signalé le passage d’un rayon de soleil.

Entrez dans la danse,

Voyez, comme on danse

Sautez, dansez

Embrassez qui vous voudrez.

Nous crèverons de notre prédation. Pour un poste, pour un pays, pour un pouvoir, pour le meilleur morceau dans le plat, pour la place à côté du chef qui nous permettra d’assassiner le chef si besoin. Par précaution, parce qu’on ne sait jamais, parce qu’on ne peut pas faire confiance. Prédateurs...

L’homo predator predator. Plus que sapiens.

Quand nous serons fossilisés, dans un million d’années, on retrouvera nos dents, acérées et puissantes. Mais nous sommes déjà fossilisés dans nos carnages.

Prédateurs complets : nous bâtissons un monde à notre image. Ce n’est plus affaire de pensée, mais de quotidiens persillés de haine, diaprés de violence. Un champ de fleurs carnivores.

« Nous n’irons plus au bordel, l’enseigne en est ôtée »*

Percez dans la panse

Baisez, minaudez

Trahissez comme vous pouvez

 

(* sens originel de cette comptine)

 

 

Tout bien compté, ce soir encore, je vais garder le sac d’une copine, et tranquillement faire tapisserie plutôt que tapin.

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rédigé par le babel - dans de vous à moi
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commentaires

Brigitte Fraval 27/01/2013 09:10


Ce besoin de prendre toute la lumière jusqu'à l'explosion du cortex , alors qu'un tout petit rayon suffit à éclairer le chemin.


L'orgueil, la mort de ce monde .

le babel 27/01/2013 13:44



"jusqu'à l'explosion du cortex", des pupilles : éblouir plutôt qu'éclairer



sophie 26/01/2013 23:06


avec quelques paires de claques qui se perdent à distribuer aux protagonistes prédateurs de ton texte , à ceux qui ont les dents qui rayent le plancher et qui sont bien icapables de voir le
soleil y glisser un rayon!


http://www.youtube.com/watch?v=kUZZVoKxAqA

le babel 27/01/2013 08:03



Si ces claques ne me transforment pas à mon tour en prédateur…



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