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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 02:59

Narrenschiff_1495.jpg

Aussi sérieux que graves, n'ayant jamais douté,

Ni même songé à vérifier leurs bases, leurs caves,

Ils ont le château Pétrus à la mer : l'eau a monté.

 

Ils n'ont rien vu, rien entendu.

Mais capitaines, ils gardent la prestance

De ceux que l’eau ne peut pas mouiller.

 

Un vague murmure leur parvient du vacarme

De la pluie en gifles sur les volets vernis,

Étouffé par les catafalques et l'organdi des fenêtres.

 

Ils n'ont pas ressenti le danger des exodes, des fuites,

Quand l'eau a monté dans le fond de soi, trempée de peur

Que la barque a tangué dans la cave du cœur

N’ayant déjà plus de quoi s’accrocher à la grève.

 

Mes côtes sont des pontons où s'amarrent des passeurs.

Sans ces gens à qui je tiens, ce monde déjà sans valeur

N’aurait plus de saveurs, d’intérêt ni de couleurs

Plus la pluie tombe, plus l’eau monte, plus mes passeurs

M’embarquent loin des crachins, loin des hauts le coeur

 

Il a tant plu ces jours, larmes, pluies, rires, peines,

Que la marée est propice à tous les départs,

Départs en retraite, en reclassement, en naufrage

 

Eux sertis de médailles se rivettent à la surface :

L’océan et les caniveaux se perlent de leurs mines

Critiques sans nuances aux jugements si fiers,

chevaux de bois galopant sur place dans les flaques

 

Voilà la fanfare des connaisseurs autorisés qui passe,

À côté de la plaque,

Loin de l'embarcadère inondé par les larmes et la pluie

À côté des crises de nerfs

Le long des grilles en fer

Voici les analystes, critique des malheurs en averses

Serrées, qui ne les touchent pas. Ils nomment cela

« la distance critique »

 

Ils passent, et repassent devant les pontes,

À chaque tour protégés par plus de majorettes encartées

Qui espèrent ainsi un petit coin de leur parapluie

 

Et le rythme de toutes leurs bottes

Lève une houle qui entraîne dans son rire de cour

Les nefs intérieures aux reflets multipliés par les vagues et le flou.

 

Dans ma barque, je vais au fil de toutes ces eaux usées

L’eau monte encore, j’entends les certitudes couler

Le long des fenêtres closes depuis la faillite.

 

De la brume à la proue et à la poupe

J’espère ne pas découvrir à son lever,

À la barre, un de ces capitaines d’industrie.

J’espère que c’est un cygne qui guide

Ma nef des fous.

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rédigé par le babel - dans actualités
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commentaires

luc 12/09/2012 21:20


j"ai tout vu, comme si je l'avais déssiné....


 

le babel 01/10/2012 20:25



venant de toi, avec notre entente actuelle, c'est compréhensible !



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