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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 06:53

Madame l’Existence,

 

Conformément aux émotions, et par hasard aux convertibles convenances, aux sentiments, nous avons enfumé l’arrière-salle des immeubles aveugles pour que la brume sur leurs façades donne aux lampadaires une allure d’arbres à lunes. Certes, les lunes ne sont pas encore mûres, et dans ce roncier, seules des étoiles scintillent parfois aux domiciles photovoltaïques. Nous avons pris soin de nourrir de sépia, d’encre sèche et de lambris les palettes de couleur. Dans les haut-parleurs, nous avons caché des crachotements, et des chuchotements sur le chemin qui coupe en longeant les silos. Les silos ? Chas entre ces trémies où se tailler la face dans la morsure des bises de l’Est, quand les carcasses rouillées des usines vides ponctuent le chômage.
Si d’aventure, vous, Madame l’Existence, estimiez que nous n’avons pas de quoi orner votre quotidien, vous êtes priée, Madame l’Existence, d’aller pavaner vos prétentions là où paillettent les divas d’un soir, en quadrichromie — pour être précis —, et de nous laisser écouter le crissement du sable quand passe un accord mineur.
Merci.
Idem, les fûts élancés d’une forêt, tout habillée de fleurs diaprées et de verdures chamarrées, dansent sous le vent des bouches d’aération : désormais, Marylin Monroe sera brune de la tête au pied, et fine, et africainement british, et plus encore, made in Brighton. Sa robe blanche est devenue une tenue changeante, aux couleurs projetées en avant, écouteurs de nacre dans les pavillons auditifs. En émissaire, elle va proclamant bien fort que demain le ciel apprendra à mordorer deux yeux rieurs et une bouche à dévorer dix vies, trois brownies, tout en discourant sur un ultime chanteur si beau.
Madame l’Existence,, il est temps d’aller te rhabiller : inutile de courir après le goût du jour, il est déjà passé. Essayons notre saveur, pour une fois.
J’accuse réception de ton passage, madame l’Existence, comme un merle rieur au bec jaune dans l’ombre bleue des thuyas, comme la braise rouge au revers de mon Syrah, comme le gémissement du vent qui hulule dans ces ruelles de Carcassonne, celles où faute de promotion, il ne vient jamais personne, sauf deux ou trois amoureux du silence.
J’entends ce silence de rêve me redire que c’est dans tes bras, Madame l’Existence, que s’élance le bel âge des vingt ans.
J’entends la pluie des souvenirs détremper le sous-bock où j’ai noté le souvenir de mes vingt ans.
Regarde, je le jette dans le fleuve : chante ! « Beau, beau, petit bateau, le passé s’en va sur l’eau ».
Quand il aura délavé mes notes, tu y mettras les tiennes, Madame l’Existence.
Alors n’oublie pas, quand l’auras vérifié, de nous dire si le ventre de la terre est rond comme celui d’une femme qui va accoucher du futur…
Mais dis-le-nous en silence : le présent est un enfant qui dort dans l’embrassement d’un souvenir et d’un espoir…

 

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rédigé par le babel - dans principes
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commentaires

emmanuelle grangé 10/06/2011 09:05



Madame l'Existence encapuchonnée de ce fichu temps. Ceci (j'aime ce poème en bouche plus qu'à l'oeil) me fait revenir aux clavifestes: je suis.



le babel 10/06/2011 10:14



Tu le sais : tous ces poèmes, principalement les "Accusés Réception" sont destinés non à l'oeil mais à la bouche : c'est l'axe 1 de cet atelier, puisqu'ils sont au programme des lectures de la
Cie du talon Rouge. Ce sont des poèmes à lire à d'autres…



sandra 08/06/2011 19:19






Très éloquente Madame l’Existence ! insolente souvent, digne de ce discours comme   écris avec le sang de ses Ecorchures,
dessinent les artères de son Cheptel chéri……j’aime beaucoup et le présent tel que tu le représentes, la suite en fait déjà parti, alors bien joué Madame l’existence,  j’aime beaucoup, à tantôt Tonton !



le babel 08/06/2011 21:14



La Fensch Vallée chantée par Lavilliers, petite, la connais-tu ? Si oui, écoute-la encore, sinon, file à la médiathèque et tu diras : « Viens voir où j'ai grandi,/tu
comprendras pourquoi la violence et la mort/sont tatoués sur mes bras comme tout ce décor/ »… merci du passage.



fragon 08/06/2011 08:06



Dis comme cela, évidemment, ça a un goût de miel et un parfum de lavande. Pianiste, dis-moi, combien de temps as-tu agité souplement tes poignets au-dessus de la page blanche ?


D'aucuns en baveront. Mais pas ton encre. Chapeau de stylo ! :)



le babel 08/06/2011 14:01



Ma chère relectrice (eh, oui elle est celle à qui j'envoie mes brouillons, mes doutes, mes ratures, mon oeil du cyclone, Fragon sait faire ça), je ne t'ai pas envoyé en demande de sûreté ce texte
que j'avais réécrit 100 fois, que j'avais oublié 150 fois, que j'ai repris hier, et qui n'est pas fini : je sais que tu as vu la faute de ponctuation — deux virgules ! —, et la pente douce
vers les assonances, les rimes et les vers.
Nota : on dit « capuchon de stylo », ou bien « embout de stylet », mais échouant en « lo » ou en « let », le style n'est toujours pas encore
pleinement atteint… 


P.-S. "je mets le brouillon du poème "Idem" en sommeil, avec tes remarques… 


P.-S. pour les autres : Oui, dans l'atelier, il en est qui ont accès au bureau des maquettes, sinon, serait-ce un atelier ?


Bien sûr que je te remercie pour ce texte et tant d'autres…



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