Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 17:36

Comprendre n’est pas excuser. Or sans compréhension, pas de débat.

Entrons dans la pensée de Monsieur Li (un lambda dans une rue chinoise)…

Pourquoi la Chine ne veut-elle pas de nos droits de l’homme ?

Parce que nous autres, depuis que nous avons rencontré l‘Empire du Milieu (nous disons aisément « découvert la Chine et ses merveilles », mais Qin n’est qu’un souverain), nous n’avons eu de cesse de prétendre imposer notre vision occidentale comme norme mondiale. Cela a commencé avec les Jésuites : Kong Fu Tseu est devenu Confucius, sage aux normes de la sagesse ignacienne d’alors. Voltaire, Mallebranche, Leibniz se sont ensuite acharnés à louer une Chine qui n’existait que dans leurs rêves, et à en tirer de grands principes, bien sûr « européo-centrés ». Nous appelons cela les Lumières… Nous ne savons pas combien de peuples n’y voient que des ténèbres d’obscurantismes, de généralisations hâtives, de mauvaise foi (parlez-nous des écrits de Voltaire sur les Nègres et l’esclavage…), de prétention hégémonique, non plus au nom du dieu des Jésuites, mais des valeurs sacrées de l’Occident. En « Chine », une idée se jauge à ses effets. L’effet des révolutions européennes fut :  deux guerres de l’opium, le sac méthodique du palais d’été, le pillage des ressources chinoises, l’invention de Taïwan, la destruction de l’élite chinoise.

Tout ça pour quoi ? Pour se croire le centre intellectuel ou moral du monde. Et au nom du progrès occidental, bien sûr.

Pourtant côté chinois, la culture est là : tout aussi apte à être référence mondiale. Un milliard et demi de personnes y naissent, grandissent et meurent. « Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » ? Mais avant l’évangile, certes les penseurs grecs, mais surtout Kong Fu Tseu l’avait déjà enseigné. Et comment parler de droits sans parler de devoirs ? La « piété filiale » concept clef, ciment de la vie chinoise, qui dépasse le cadre strict des liens du sang, le refus des palabres inutiles, et tout ce qui compose le néo-confucianisme valent autant que les droits de l’homme : Singapour est une réussite. Bâtie sur le néo-confucianisme et non sur les droits de l’homme.

Les Occidentaux sont toujours des missionnaires qui imposent leurs évangiles. Les droits de l’homme sont le dernier en date, et comme toujours, ils le prêchent, mais ne l’appliquent guère ; seuls quelques saints mis en exergue s’y risquent. Jugeons le Tibet à l’aune chinoise : un clergé très minoritaire accapare richesses et pouvoir, maintenant son tiers état, non sa paysannerie, dans l’ignorance pauvre pour conserver son pouvoir sacré. On attendrait de la France des Sans-culotte-ni-calotte un peu plus de compréhension, mais… non. Elle doit encore et encore exporter son dernier évangile en date, et imposer, interférer, etc. Au nom de quoi ? D’une culture moribonde, bien que très jeune comparée aux cinq milles ans chinois, pendant lesquels avant l’Europe, quasiment tout ce qui a été inventé jusqu’au début du XXe siècle l’a été en premier, en Chine. Le XXe siècle a été consacré en Europe à tuer en série. Même si ce furent les Nipppons Honnis, c’est bien l’Asie qui paya le plus gros progrès technique, les bombinettes que l’occident permet à qui lui semble bon. Il le fit pendant que la Chine faisait sa mue, et pansait les blessures d’un XIXe siècle que les Européens avaient occupés, répétons-le, à piller la Chine et à saper ses institutions. La fin du XXe siècle fut triste : des appels furent lancés pour « renverser la boutique de Kong Fu Tseu » (en français on dit bien : « Écraser l’infâme », est-ce mieux ?), mais depuis une quinzaine d’années, Maître Kong est à nouveau à l’honneur. Ses phrases ornaient les Jeux Olympiques de Beijing (oh cessez avec ce « Pékin » francisé !).

Et bing ! Dernier camouflet en date : un prix Nobel de la Paix vient récompenser un chinois (une ingérence de plus), alors que Ba Jin, aujourd’hui dans le coma (ou maintenu en vie artificiellement) n’a jamais été Prix Nobel de Littérature : voilà pourquoi un prix confucéen du bon citoyen, de l’Harmonie, s’impose. Un prix qui n’exporte pas les valeurs occidentales, qui respecte la valeur d’Harmonie Confucéenne* jusque dans la critique nécessaire pour progresser. Tout le contraire de ce qu’ont signé, en sortant de leurs compétences, Liu Xiaobo et ses « amis » sous la forme de la « Charte 08 ». Ils ont choisi la désunion au lieu de l’Harmonie. Ce qui en termes néo-confucéens revient à se mettre soi-même en situation de hors-jeu social.

On peut être d’accord ou non, avec cette analyse, mais, c’est, très schématiquement, comment pense le Général Hu Jin Dao (surnommé non sans raison « Le boucher de Lhassa ») : une fois ceci en tête, cherchez que répondre sans nier la validité des critiques venues de faits historiques et en respectant les valeurs chinoises ?

Pas facile, n’est-ce pas ?

Pas impossible, certes, mais pas facile du tout… 

Pourtant, il faut avoir tout ceci en tête.

Car pour répondre à l’autre, il faut apprendre sa langue.

 

Partager cet article

Repost 0
rédigé par lebabel.over-blog.com - dans actualités
commenter cet article

commentaires

Lyonnel Groulez 17/12/2010 09:54



Ba Jin (autrefois connu comme Pa Kin), je le croyais mort. Etes vous sûr de ce coma? Il est vrai que son oeuvre aurait pu être nobélisée, d'autant qu'elle reste abordable pour un esprit
occidental. Mais le Nobel de littérature est lui aussi parfois très surprenant.



le babel 17/12/2010 10:15



L'an passé, j'ai lu que sur ordre de Hu Jin Dao, il était encore maintenu dans le coma parce que l'État attendait son Nobel, et que pour cela, il faut être
vivant. Il est centenaire, je crois. C'est une merveille à lire : il a supervisé ses traductions françaises. Lire et relire les 10 pages de « La dernière nuit de Robespierre », où
se profile Chan Haï Chek, est toujours un bonheur. J'ai dû me racheter « Famille » : un prêt est devenu un cadeau contraint. Nuit Glacée a mis le Japon de la guerre nippo-chinoise
(et non sino-japonaise) dans ma liste des barbaries impunies... Combien de Pa Kin, ou Ba Jin, avons-nous à découvrir en Corée, en Ouganda, en Inde, en Nouvelle-Calédonie, au Mozambique ?
Combien ?



Lyonnel Groulez 17/12/2010 07:01



Oui, soyons un peu plus humble avec la Chine et les chinois.


Mais je continuerai de dire "Pekin" et non "Beijing" car je vais à Londres et pas à London. Et puis que je dise "Pekin" ou "Beijing" , M Li ne me comprend pas...


Mais votre post, j'y souscris! Cela fait du bien de sortir de notre pensée unique et ethnocentrique. Même si les chinois sont parfois tout aussi ethnocentriques.


 


Malgré tout, la fréquentation de chinois me laisse penser que nous avons finalement plus en commun qu'il n'y parait.



le babel 17/12/2010 09:34



Honnêtement, je dirai aussi Pékin, à ma guise, ou Beijing selon mon plaisir. Je ne suis pas certain d'appointer au néo-conficianisme, mais je me sais en
partie grâce à eux, contraint à réfléchir au iieu de répéter, de bêler...Merci d'avoir laissé vos pas dans ma neige.



hervé pizon 16/12/2010 09:22



passionnant... dans notre pays, la parole des intellectuels est celle des philosophes et sociologues, il faudrait entendre plus celle des anthropologues et ethnologues, par nature moins
ethnocentrée.


 



lebabel.over-blog.com 17/12/2010 09:36



Je ne suis qu'un Lettré, aurait dit un Tseu parmi d'autres… 



Présentation

  • : Vitrine d'un atelier de textures - l e b A b e l
  • Vitrine d'un atelier de textures - l e b A b e l
  • : Nos vies ont gardé de belles formes : Il faut le dire.
  • Contact

  • le babel
  • ou bien ces pages parlent pour moi, ou bien je dois recommencer
  • ou bien ces pages parlent pour moi, ou bien je dois recommencer

Recherche

Pages