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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 09:54

Un cercle de velours rouge :

Fauteuils râpés, phalanges gercées, ronde immobile et fatiguée, à peine dérangée, pétales fanés déposés en ordre vaguement floral, résolument moral. Salle du conseil, d’audience, bureau et réception.

Bouquet administratif effeuillé – ça saigne, un peu, beaucoup, pas du tout – au bas des tiges nues en marbres blancs : tout est aux normes : le plafond exulte de crème au-dessus des quelques lampes jaunasses préservant l’usure des ampoules du lustre de verroterie façon cristal lourd.

Je sors de la salle,

pousse une porte, autre salon, une autre déshérence immobile.

Deux lèvres de tissus lourds s’entrouvrent et soupirent un factotum. Il passe vers son ouvrage et n’a besoin ni de m’oublier ni de m’apercevoir.

Mais que suis-je venu chercher dans ces reflets fades et vides ? Certes, l’entretien, la signature, oui ! Cependant…

Qu’elle est loin la terre, que je suis petit sous ces stucs où de mornes rappels des Antiques soutiennent des façades devant d’autres façades.

Je sens que les bosquets de fauteuils ont fanés il y a si longtemps que l’espèce en est éteinte, avec les oiseaux qui venaient sur eux et les fleurs que le printemps y posait, il y a un autre longtemps déjà.

Je dois être dans le cœur sec et implosé d’une bête immense, disparue avant le déluge.

Les escaliers et les vernis n’en sont que la carcasse, couleur moelle vue de l’intérieur, froidement pâle, traversée parfois de fantômes stricts aux pas furtifs.

Et songeur dans le petit vent piquant, piqué par la fraîcheur de ce refus administratif à l’ombre de ces chambres froides, je reprends mes sens dans la rue et ses bruits.

Vexé, comme un demandeur débouté, certes, mais vivant, oui vivant, simplement vivant.

Bien plus vivant même qu’Orphée, car n’ayant rien perdu sinon le risque de plus tard, plus vieux, plus transi, ordonner moralement les impératifs de la fonction,

Amnésique de service,

Hadès petit-bourgeois au petit pouvoir grandiloquent sous les pendeloques,

assis en ces voltaires,

et y voir un autre tel que moi ce jour,

espérant le blanc-seing, s’avançant

dans le cercle de velours rouge, fauteuils davantage râpés, serres de bois vernis glacées encore, trochet toujours défloré sous son globe de cristal

Une poubelle verte tend sa gueule ouverte vers moi : j’y jette le dossier cartonné jusqu’à l’étouffer.

Dévore, panier de fer, digère :

tu as l’habitude d’être nourri de tout qui est périmé. Moi, je dois encore me familiariser

avec ce « non placet », tamponné dans un cercle à l’encre rouge.

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rédigé par le babel - dans principes
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commentaires

Jean-Marc Lefebvre 03/07/2011 03:43



Surtout pas langue de bois sauf si on parle de forêt, alors là, langue de bouleaux, d'accord, langue résineuse et feuillue, mais aussi langue de terre, de mer, langue d'homme, doc, doil, de feu,
langue oureux, issant, mais, revenons au texte.


Un texte fort, ce le rond rouge, que je me plais à relire pour la force des images, une description qui raconte mieux qu'une histoire, et ce non placet qui m'a toujours servi de
rampe de lancement.



le babel 05/07/2011 10:00



Les non placet sont là pour nous expédier plus loin… Parfois, cela fait un bien fou.



emmanuelle grangé 01/07/2011 10:03



bingo ! j'en reviens avant même ton signal ! patrick dreux est un "ancien" de myspace.


quant à la fréquentation de nos blogs respectifs, je ne sais que répondre, je remarque la même désertion... sans doute poète suis-je !



le babel 01/07/2011 10:59



Je crois qu'il va nous falloir prendre des cours de langue de bois…



emmanuelle grangé 01/07/2011 09:38



toi et jean-marc me (trans)portez tant



le babel 01/07/2011 09:44



Alors tu aimeras aussi un nouveau venu que j'ai découvert il y a moins d'une heure :


http://patrickdreux.over-blog.com/



emmanuelle grangé 01/07/2011 09:20



les crocs de cerbère n'ont pas élimé ton écriture



le babel 01/07/2011 09:33



Pourtant ils ont fait fuir, ou plutôt n'ont pas su appeler de lecteurs.


Les graphiques de fréquentations de ce blogue ressemblent à un paysage flamand : un plat pays très bas, et un beffroi — le
« mode d'emploi » — qui pointe d'un coup, soulignant par là même la désaffection environnante… Je ne peux même pas dire que mes textes déplaisent : ils n'ont qu'une dizaine de lecteurs
en moyenne ce dernier mois, contre une quinzaine durant les pluies de printemps…


Ou bien le titre fait décider de se risquer à lire, ou bien ne serait lu que ce qu'un tiers recommande, ou bien les deux à la
fois… Ou bien le seul mot "poésie" sur un blogue fait passer outre.


Merci donc pour ce soutien. Car archives remaniées, ou produits fraîchement cueillis, je n'ai pas d'autre genre de mots à
proposer, et aucune idée quant à la façon d'harponner des chalands !



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