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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 17:03

« Justice a été faite ».

J’en suis tout ébahi. La justice est la négation, le refus de la vengeance. La justice fait d’un problème particulier un souci général, qui embrasse le bien du coupable et de la victime dans un même élan. L’élan du bien commun.

C’est pourquoi la justice ne peut tuer les tueurs.

Justice is lying on her ground zero.

Quiconque est capable d’investir une terre étrangère est capable de ne pas tuer.

« Justice a été défaite », je te dis…

Il y a deux bras, deux jambes, et plein d’autres endroits où tirer sans tuer.

Lors de la libération du camp de Dachau, horrifiés, les biffins voulaient dézinguer tous les verts de gris, du plus grand au plus petit. Leur commandant n’a pas voulu : pas question de devenir comme eux. Il y eut procès.

Ce coup-ci, Justice a été violée, je te dis.

On lui a fait un enfant dans le dos. Un enfant mort-né.

Oussama Ben Laden a le droit d’être appelé Monsieur, parce que c’est un homme. Et c’est pour cela qu’il est justiciable.

En le ravalant à l’état de morve, on nie l’horreur de son crime : seuls les humains sont criminels.

En le dessoudant comme une pissotière, on lui donne raison : nous sommes des philistins.

Par chance, je n’ai pas Barrack à Tir Obama dans mes amis sur Facebook…

« Justice été faite », qu’il disait.

Mais chez moi, on a aboli la peine de mort.

Parce qu’on n’est pas aussi barbare que les barbares qui nous dégomment.

Parce que tout homme est un homme.

Parce que la justice n’est pas vengeance.

La statue de la Liberté regarde New York.

Je me demande si les statues peuvent pleurer.

Sans doute le sang des vengeances leur sert-il de larmes.

Justice a été faite ?

Allez ! un dernier verre pour oublier ceux qui dansent de joie sur les tombes.

 

 

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rédigé par lebabel.over-blog.com - dans actualités
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commentaires

Adrienne 12/05/2011 16:15



lire votre billet et ses commentaires me fait un bien fou... en clamant sur le blog de Julos que j'étais tout à fait d'accord avec lui, je me suis fait remonter les bretelles sur mon propre blog
- où pourtant je n'évoque pas l'événement...


je crois que je reviendrai de temps en temps me resourcer ici ;-)



le babel 13/05/2011 11:04



J'espère qu'on se reverra : sur le forum de Julos, ou quelque part vers les pagodes, avec Dran et les autres !



Jeno l'écolo 09/05/2011 14:49



http://www.sudouest.fr/2011/05/09/la-detestable-execution-392860-8.php#xtor=EPR-260-[Newsletter]-20110509-[zone_info]


Pendant que nous devisons de sujets frivoles, la presse remet les pendules à l'heure et se préoccupe des vrais problèmes. "Détestable exécution". Ben Laden? Allons-donc! Mais non, Jean Tigana,
bien entendu!



le babel 09/05/2011 16:33



C'est la presse - purée - qui titre "


La détestable exécution


pour parler de ballon.


J'ai la réponse : "what a fair foot…"



hervé pizon 08/05/2011 20:08



la vengeance n'est pas que réprésailles, c'est un systtème d'échanges, une dette de sang, et souvent il s'agit de laver l'honneur bafoué d'un groupe autant sinon plus que le crime lui-même. celui
qui ne venge pas est banni du corps social. Obama a obéi à ce principe vieux comme le monde.


 


entre autres : http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=3741294


 



le babel 08/05/2011 21:30



Tout d’abord merci Hervé, Jean-Marc pour ce débat qui est – un peu mais quand même – suivi : C’est over-blog qui me l’a
dit. Nous allons faire passer Arte pour une vague élucubration : on se croirait à la machine à café de l’Institut ! Moi j’aime. Si nous cherchons à fonder l’acte poétique pour
aujourd’hui, libéré des répétitions des Gloires, il s’enracinera dans le limon décomposé des idées défaites, reprisées, mâchonnées.


 


Avec CAD-Inist, tu me prends par les sentiments…Baste !


Ce que tu me décris-là c'est donc le « Wergeld ». Certes, façon de guerre il y a.


Car :


« En accord avec Durkheim, Simmel (1987[1900]) note lui aussi que le virus
individualiste est décelable dès l’aube de l’histoire. Il explique l’abolition du Wergeld, une pratique judiciaire qui, dans le monde germanique ancien, indexait la sanction pénale sur le rang
social de la victime. Après l’abolition du Wergeld, le meurtre d’un individu entraîne les mêmes sanctions, qu’il s’agisse du roi ou d’un simple manant. L’abolition du Wergeld témoigne bien de
l’affirmation de la valeur de l’individu en tant qu’individu, indépendamment de son statut social. Une fois acquise, cette abolition s’est révélée irréversible, parce qu’elle répondait à une
demande latente.


Cet exemple du Wergeld est d’autant plus instructif que le mécanisme qui a provoqué
son abolition est toujours repérable dans l’évolution des institutions judiciaires contemporaines. L’abolition du Wergeld répond à une demande : que la gravité de l’acte délictueux ou criminel
soit appréciée indépendamment des qualités de la victime. L’un des traits les plus marquants de l’évolution des pratiques judiciaires dans les sociétés démocratiques contemporaines est le souci
de répondre à une demande symétrique : à savoir que la gravité de l’acte délictueux ou criminel soit appréciée indépendamment des qualités de son auteur. Dans les deux cas, il s’agit d’affirmer
l’égale dignité de chacun, en tant que victime dans le premier cas, en tant qu’auteur dans le second. »
(Raymond Boudon, dans http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/textacad/boudon/unesco_2004.pdf).


Violence symétrique, donc. Or ce n'est pas la symétrie qui me gêne, mais la violence...



Jean-Marc Lefebvre 08/05/2011 15:50



très intéressant


je définirais la vengeance comme étant les représailles exercées sans les mécanismes de justice qui l'encadrent, la contrôlent et lui donnent une légitimité


d'accord pour dire que c'est un mécanisme de régulation complexe bien que je n'ai pas lu l'ouvrage cité par Hervé


nous savons très bien que l'appareil de justice est toujours subordonnée au pouvoir politique en place, sauf quelques cas d'exceptions


mais on ne peut s'en passer, ni s'en contenter


il aurait été préférable, autant pour les débats que cela aurait suscités que pour les faits cachés que cela aurait soulevés, que ce criminel soit traduit en justice


il y aurait eu forcément catharsis et légitimation de la peine donc, régulation


mais j'avoue que cela représente un idéal



le babel 08/05/2011 16:27



et qui plus est vindicatif est du même sang que la vengeance, un cri :


www.CNRTL.FR




VENGER, verbe





Étymol. et Hist. Ca 1100 (Roland, éd. J.
Bédier, 213). Du lat. vindicare « revendiquer en justice » d'où « venger, punir », dér. de vindex, -ici « répondant » d'où « vengeur »




hervé pizon 08/05/2011 10:20



oui, je crois qu'en susbstance, il a dit "je ne pardonne pas", enfin implicitement.



le babel 08/05/2011 16:31



Qu'un président qui conclue God bless America puisse à la fois requérir les évangiles et les négliger ajoute à ma stupeur. Je comprends mieux que, dans le jaillissement d'une pensée hors des
cadres hérités du christianisme, des penseurs européens remettent en cause le pardon, bien que celui-ci soit confondu avec un coup d'éponge magique.Mais que la bible soit ainsi bidouillée en
fonction des besoins m'évoque comment les islamistes bidouillent leur coran.


Obama m'a tuer…



hervé pizon 08/05/2011 08:25



 


comme je le disais par ailleurs, la vengeance ne s'oppose pas à la justice. on oposeplus fréquemment la vengeance au pardon, unautre registre.


la vengence est souvent définie comme uen forme archaïque, ce n'est pas le cas. elle est un système complexe et la justice dans un état de droit a été soufent l'instrument de domination d'un état
sur la société.


justice et vengence sont toutes deux des instruments de régulation sociale, qui n'obéissent pas aux mêmes principes, ne répondent pas aux mêmes enjeux.


la justice c'est dire le droit, la vengenae c'est récamer en justice.


il faut lire la somme dirigée par R. Verdier sur ce sujet (La Vengeance), c'est lui qui a théorisé "le système vindicatoire", au tarevrs notamment d'étudees ethnologiues.



le babel 08/05/2011 10:16



C'est vrai que je n'ai pas lu cet ouvrage, ni aucun autre sur la vengeance. La justice, en tant qu'institution judiciaire, et non comme idéal est toujours par définition :


En retard. Elle ne peut statuer que sur les délits existants.

Au service du pouvoir. N'en déplaise aux juges français qui se veulent indépendants, ils sont révocables.



Obama eût-il dit « Vengeance est assouvie », je n'eus pas réagi de même…



Jean-Marc Lefebvre 08/05/2011 00:57



Et voilà le débat reparti et c'est très bien, très sain.


Je suis plutôt de cette pensée qui ne voit aucune hauteur dans le fait de nettoyer le sang par le sang. Je ne suis pas un pragmatique c'est pourquoi je ne ferais pas un bon politicien. Je cherche
toujours ce qui élève l'homme en lui-même. Et la vengeance n'en fait certainement pas partie. C'est pourtant très humain, ce sentiment de colère et de se faire justice, mais il n'élève en rien
l'homme. Qu'arriverait-il si, une nouvelle action terroriste se réclamant de faire justice naissait et venait s'exercer à l'encontre de Georges Bush, par exemple. Car il en est pour le dénoncer
comme un monstre, et j'en suis, au même titre que Ben Laden. Quand cela arrête-t-il, ce pouvoir que s'arrogent certaines autorités de rendre justice sans justice?


Dans ce contexte de guerre au terrorisme, ce n'est pas le terroriste assassiné qui m'apparaît victime du déni de justice,quoiqu'il le soit, mais le bourreau lui-même, les gens qu'il représente et
ce que son geste implique au niveau des valeurs à défendre dans une société démocratique et humaniste.


Je ne dis pas qu'un jour ou l'autre l'assassin n'a pas eu ce qu'il méritait, c'est le geste du pouvoir que je questionne et me refuse à endosser.


Lorsqu'il est question de justice, la vengeance n'a pas à être invoquée comme une composante de la décision. Un homme est mort, mais justice n'a pas été faite.


 



le babel 08/05/2011 07:33






 


Je trouve très bien que des paroles viennent couvrir le bruit des armes. Qu’Oussama Ben Laden soit coupable ne fait aucun doute. Mais ce la morale
attend ce n’est que la fin de la violence aveugle. La fillette de 12 ans sur place, témoin proche de la mort de celui qui semble être son père, est une victime innocente de plus. Elle est victime
de la folie meurtrière de son père qui a déclenché la tempête meurtrière étasunienne.


La procédure est tellement fautive que la Justice ne peut qu’en être absente : nous ne pouvons faire endosser à un tyran en free-lance, assassin
de masse, la barbarie de notre réponse.


Plus la réponse ressemble à la question, plus les interlocuteurs se ressemblent. À la question d’Oussama Ben Laden : « La vie pieuse ou la
mort ? », les GI’ s de Barrack Obama ont répondu : « Dead or Alive ».


Le refus d’exhiber les photographies de la dépouille est le seul refus de l’écho de la barbarie en toute cette
salade sans justice, de forme invalide, sur un fond incontestable.


Justice n’a pas été rendue : le vice de procédure est bien trop patent.



brigitte fraval 07/05/2011 23:57



Comment justice peut elle être rendue alors que l'on couvre de lauriers des assassins ? C'est bien de crime dont on parle ! Et que la victime ait été elle même le plus craint , le plus dangereux
des criminels ne leur donne pas quittus pour autant ! Mais il est vrai qu'au beau pays de Monsieur Obama , donner la mort est une tradition , un acte anodin qui n'encombre guère les consciences !



le babel 08/05/2011 07:37



Nous ne ferons reculer la peine de mort qu'en faisant reculer la peine de vivre au jour le jour, libre, certes, mais sans que la vie ait du prix, tant elle a de coûts. Tant que ma vie a un prix,
le peine de vivre et la mort fleuriront.


Mais si toute vie a du prix sans aucune comptabilité possible…



hervé pizon 07/05/2011 22:19



je ne vois pas ainsi, justice n'est pas toujours justesse et vengeance pas nécessairement barbarie.


la vengeance est un système de régulation pas nécessairement arbitraire, qui est liée intimement au concept d'honneur.


justice n'est pas faite au plan du principe oui, de l'état de droit, oui. mais au regard d'un autre principe ? là il s'agit d'une sorte de justice privée aux mains de l'état américain qui
s'arroge le droit, au nom d'un pricnipe moral, de dégommer un salopard


la peine de mort, fort heureusement abolie, était une peine injuste par nature, donc précédée de justice



le babel 08/05/2011 07:22






Oui, prolongeons le débat !


Nous allons confondant exact, juste, et vrai.


Nous sommes prêts à dire du résultat d’une équation qu’il est juste, dire qu’il est injuste ne vient pas : et pour cause, « juste » est un abus de langage dans
ce cas.


L’exact, ex actu, est ce qui se vérifie d’après les faits. Ceci devrait le confiner aux sciences dites dures, ou mieux « exactes ». Le vrai ou faux, c’est encore
autre chose…


Le vrai fut au moyen-âge, l’adéquation de la chose considérée et de la parole l’exprimant. Mais depuis, nous avons découvert la subjectivité, et l’infinie variété des aspects.
Le vrai est désormais plus subtil : il permet à celui qui parle et à ce dont il parle d’advenir dans le sensible, le compréhensible, en révélant son identité. C’est pourquoi la terre est
bleue comme une orange : c’est vrai.


Le juste très simplement est ce qui est conforme au droit, « jus » en latin. Le droit n’est pas les droits. Le droit est une procédure qui tente d’incarner un idéal,
la justice, dans une procédure faite de devoirs. C’est pourquoi les plus riches peuvent avoir assez de bons avocats pour miner les procédures, les rendre invalides et non pas disculper leurs
clients, mais leur offrir l’impunité. La justice est parfois loin d’une décision juste. La procédure ne dit ni le bien, ni le vrai, mais juste une sanction : relaxe, condamnation, vice de
procédure…


Le droit est libre de toute morale.


Si "Justice" a été faite dans cet abus de droit, alors l’idéal proposé vient de changer de procèdure : et c'est très inquiétant.



Jean-Marc Lefebvre 07/05/2011 16:35



extrait de texte écrit et publié à chaud dans Le 11 septembre des poètes du Québec


 


partout du feu, des nefs, des fous


et déjà la fiction


les représailles, les bombes


 


de part et d'autre


on détourne le sens


des sourates et des psaumes


des pères filent la haine à leurs enfants


et les armes qui la tissent


 


le monde comme il va


mon âme


comme il ne va plus


 


la table est vide


de sens


et nos mains inquiètes


devant les cendres


dressées de l'Histoire


 


il faudrait se faire lumière


se faire musique se faire oubli


nous faudrait l'appui du feuillage


le souffle des absents


le souvenir d'une vague


léchant la chair choquée


dans le délabrement des jours


 


devant le ciel impassible


et devant l'oeil crevé des mots


que le poème remonte


les murs souillés de la mémoire


 


l'extrême fragilité des heures


 


Jean-Marc Lefebvre



le babel 07/05/2011 17:03



CE poème est magnifique



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