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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 08:56

Beaucoup de poèmes mis en ligne sur des blogues ou sur Facebook attirent souvent des éloges très chaleureux. Les plus acides de leurs détracteurs regroupent ces rimes (« mon amour : je t’aime ;  mon bébé je t’adore de même ») dans la catégorie des photos de chatons qui font florès bien mieux qu’un travail artistique. Laminage par le bas ?

 

Chacun est libre de s’exprimer. La question n'est pas là.

Dans cet atelier de texture, je voudrais ce matin déposer une pièce que j’ai usinée en une heure.

Ce sont bel et bien des vers.

Les rimes arrivent avec le même ordre : une rime féminine enjambant deux rimes masculines, et une masculine qui serait orpheline si elle ne revenait pas à chaque strophe. À la strophe suivante, inversion de la succession des rimes masculines et des féminines.

La forme de la strophe est : deux octosyllabes, deux alexandrins, un octosyllabe en leitmotiv.

L'unité de sens couvre sans défaut l'ensemble de la pièce. 

Désormais, ici, ou sur le lien déposé sur Facebook, pourriez-vous me donner votre avis ?

Ce n’est pour moi qu’une illusion de poésie.

Un principe de R. M. Rilke demande de dire en poésie ce qu’aucun autre genre littéraire ne peut dire.

Ce n’est que la prose rimée.
La versification enlève même la force du propos, car un aphorisme serré l’eût rendu plus percutant.

Ce n’est pour moi qu’une illusion de poésie.
Car on y entend battre le sang aux tempes, pour irriguer le cortex, plus qu’on y sent le cœur souffler, pour aller plus loin que la simple raison d’un état d’âme.

Voici donc dans cet atelier de texture, l’exemple type, selon moi, d’une contrefaçon prétendue poétique.

Pour cette fois, commentez, je vous en prie, abondez en mon sens, nuancez ou contredisez-moi : au choix.
La pièce est sur le comptoir : parlons-en librement.

D'avance merci.

 

La mort de la morte-saison.

 

C’était avant les usines :

On suivait le rythme des ans,

Dormant chaque jour autant que dorment les champs.

L’été réclamait que chaque bras turbine ;

Puis, nous avons changé d’hiver.

 

Dans les cris du fer, la vapeur

Couvrait le ciel de rouille.

On creusait les champs pour trouver de la houille.

La nuit crevée au gaz ne nous faisait plus peur ;

Là, nous avons changé d’hiver.

 

La furie des saisons chaudes

Ne vivote qu’aux fenaisons.

Il n’y a plus de temps mort à la morte-saison.

C’est aux beaux jours que le farniente maraude ;

Qu’avons-nous fait de l’hiver ?

 

D’avant l’aube jusqu’après la nuit

Au lieu de nous claquemurer,

Aussi longtemps que les jours sont murmurés,

Laissant somnoler la braise de nos ennuis :

Nous avons muselé l’hiver.

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rédigé par le babel - dans actualités
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commentaires

Catherine 29/01/2013 19:15


Je viens de découvrir votre blog, vos mots qui m'obligent parfois à ressortir le Larousse de ma bibliothèque. Je me sens très petite face à votre culture.
Je vous remercie de m'obliger à utiliser mes quelques neurones.
Je n'ai pas votre talent, mais je n'aurais pas la vanité de le croire.
C'est un plaisir de vous lire. Je voulais juste vous le dire. 

le babel 29/01/2013 20:20



Permettez que je vous réponde ligne à ligne.


Un adage médiéval dit « À faute publique, pénitence publique ».
 « Vos
mots qui m’obligent parfois à ressortir le Larousse de ma bibliothèque » : le « parfois » sauve le tout. J’aime réhabiliter des mots galvaudés. Nous avons tant de
nuances pour parler ! Ainsi, ma couleur préférée dans la nature est « diapré ».
 « Je me sens très petite face à votre culture ».
Ma culture est venue du fumier que des maîtres ont su travailler à mes racines.
Mon arbitre intérieur hurle « faute ! ». Je veux que vous ne sentiez ni petite ni grande en comparaison de mes mots. Je ne veux pas induire de comparaison, ce mal qui bouffe nos plaisirs. Je
voudrais vous donner un alphabet de nos chaos. Je n’écris pas ce que « je » vis, mais dire « je » pour que lisiez « moi » est un enjeu qui
« m’engeôle ». 
Par chance, vous parvenez au plaisir : « C’est un plaisir de vous
lire ». 
Voilà qui me suffit.


Merci. 



yan chevallier 22/01/2013 22:20


J'aime bien le sujet sur le rythme ancien de la vie et sur la nécessité de se reposer l'hiver. C'est très bon comme idée. Mais je trouve le traitement trop explicite, trop didactique.

le babel 23/01/2013 17:36



Bonjour Yan, heureux de te lire ici ! Pas de polémique. La forme nuit à mon goût itou au poème. Ce n’est pas tant le côté didactique que je trouve gênant, que le rythme imposé : dans une
démarche qui va au repos, la structure répétée donne un goût de marche forcée. Pour la thématique de fond, je suis d’avis de conserver les repos des rythmes ancien et nouveau. Le printemps et
l’automne sont raisonnablement assez doux pour travailler avec confort et donc avec qualité.



Brigitte Fraval 22/01/2013 20:54


Difficile de répondre à ta question .J'ai du mal à le définir , tout au moins à l'expliquer .


Une ouverture sur l'inconnu justement , un voyage en musique, des interrogations , un refuge ,le cordon ombilical qui te relie à ton monde rêvé, le mieux et le pire de toi même , un miroir...Tu
vois, ça se bouscule ,et je ne parviens pas à évoquer tout ce que la poésie éveille en moi .


J'ai oublié : un triturage de méninges aussi, parfois .

le babel 22/01/2013 21:05



C'est donc le moment de ne plus parler de poésie, mais en poésie.



Brigitte Fraval 22/01/2013 19:11


Je suis d'accord : La rime ne fait pas la poésie, loin s'en faut . Combien d'horreurs lues au nom de cette rime que l'on va chercher dans un dictionnaire du même nom .Sans parler
des tournures alambiquées pour y arriver à tout prix....un truc à vous dresser une crinière sur la langue , rendant la lecture à haute voix impossible,sauf à te mettre la rate à vif .


Exemple trouvé il y a peu:


Elle marmonne en tétant un mégot de cigarette


A ses pieds, de l'accordéon font ses chaussettes


Alors non à la rime obligatoire !


Je crois cependant que si l'on essaye ,quand c'est possible , de la travailler ,sans trahir ces mots qui prennent leur envol, y a moyen de réussir une mélodie .


En résumé , consommée avec modération et discernement , la rime c'est pas forcément de la frime .

le babel 22/01/2013 20:03



La forme poétique est… comment te le dire ? Oui, c’est cela. C’est l’Ankou. Mais ce n’est pas la mort ! Du son, des règles. Mais au service de quoi ? J’ai écrit certains poèmes en alexandrins sur
deux rimes : cela s’imposait. Cela menait à la poésie. En d’autres, j’ai effacé toutes les rimes déjà écrites, car on aurait dit un défilé de Panzers en 42. Ma question est : cela fait
naître quoi en cet inconnu dit « lecteur » ? 



brigitte fraval 21/01/2013 23:30


Je viens de voir ta réponse . Je prendrai le temps de te répondre demain .


Là mes yeux papillotent


Et mon cerveau prend la flotte .


(sans dictionnaire de rimes , mais avec autant de bonheur que si j'en avais un ... Ca te donne un aperçu de ma réponse future)

le babel 22/01/2013 08:03



eh bien j'attendrai : un bruit de vieux moteur et de carroserie branlante peut-il remplacer les grincements de la charette de l'Ankou ?



Brigitte Fraval 20/01/2013 20:46


Certes la rime est une contrainte ,qui de surcroit enlève souvent de la poésie à la poésie , mais faut il oublier sa "musicalité " ?


Je ne sais pas ...tout dépend peut être des mots que l'on veut poser ?

le babel 20/01/2013 20:58



Dans l'idéal oui, mais c'est la poésie qui fait la rime et non la rime qui fait la poésie. A u-delà des mots choisis, dans l'approche de la ligne, on écrit ce vers quoi on tend : ou bien
à la poésie via la rime, ou son absence, ou bien à la rime, à la sueur de la prouesse, rime niée ou affirmée, au moyen d'une forme versifiée. 
La contrainte n'est pas tant là pour s'y plier que pour la plier à la mesure du poème. Qu'en dis-tu ?



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