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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 13:46

babelaliud


[texte relu par SoleildeBrousse]

 

1.     Homme parlant de toi-même, sujet émargeant émergent dans ton dire à nul autre pareil, ne laisse rien à la douleur, ne serait-ce que l'espoir du dernier mot. Même ton silence doit être son bâillon. Car ton nom a percé le silence du néant.

2.     Homme marchant : cesse d'être alourdi de joies et de peines, trouve ton centre de légèreté, pour qu’enfin arrimé à cette apesanteur, tu prennes de la hauteur. Car le centre de ta gravité t'écrase comme tombe au sol.

3.     Homme noble, quand tu veux relever des hommes, n'oublie pas que ton sang te fait parent et héritier des bourreaux et des victimes. Et pourtant, tu es un des hommes dignes, dilué dans l'ensemble des hommes.

4.     Homme laborieux, le monde est trop lourd pour que quelqu'un, toi ou un autre, s'installe en son centre, même pour le porter. Car le centre du monde, une fois évidé, crie dans un écho les voix de tous les hommes.

5.     Homme blessé, le centre négatif du monde n'existe pas ;  il n'y a rien au centre de ta peine, rien : ni homme ni chose. Et si vas tu sur le bord de ce rien, tu tomberas, c’est certain. Ta vie défilera devant tes yeux. Mais cette chute solitaire à repasser des souvenirs peut te prendre des années et des années, passées à t’enliser.

6.     Homme habile, l'orgueil de bien faire tue la grandeur de l'autre : la joie de bien faire enfante le savoir-faire des autres. Car ce serait mentir que de dire mal fait ce que tu as bien fait. Et pourquoi laisser passer une bonne occasion de fêter la vie ensemble ?

7.     Homme sage, il n'y a nulle vertu là où tu es contraint. Chaque vertu est une couleur de l'amour, et l'amour ne se contredit pas : il étend ton amplitude, du jour à la nuit. Il laisse la distance creuser la liberté sans laquelle nul ne peut aimer, l’espace où, d’une rive à l’autre, construire les arches, poser le tablier pour que les rivaux deviennent riverains.

8.     Homme moral, qui veut la médaille obtiendra le métal, et sa photo dans le journal. Mais à qui servent les épitaphes longues ? Sûrement pas à celui qui est mort au champ de quel honneur ! Si tu veux que demain mérite le détour, fais-en sorte qu’au moins il y ait un demain. Ne confonds plus ordre et désordre : rien n’est plus rangé qu’un cimetière et ses marbres alignés.

9.     Homme dans la nuit, éblouissant, tu ne sers à rien, on ne peut te regarder sans devenir aveugle. Quelques phalènes se jettent sur toi pour y mourir. Mais sois lumineux : certes, on ne te verra pas non plus, mais on verra ce que tu éclaires, et quelques sages, silencieux gardiens de ce secret, sauront dire la qualité de ta lumière. Ils y mêleront la leur. C’est ainsi que la nuit est peuplée d’étoiles.

10.  Homme prudent, n'utilise pas autrui comme une chandelle pour descendre à la cave : une fois la bouteille remontée, tu l'éteindras la chandelle, tu la boiras seul ta bouteille et tu oublieras l’une et l’autre dans les bras vides de l’ivresse : mais lui que ta main a manœuvré dans le noir, qu'en est-il de lui ? Tu déchantes seul ta solitude, quand tu as rejeté la compagnie de ta chandelle.


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rédigé par lebabel.over-blog.com - dans principes
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commentaires

Jean-Marc Lefebvre 22/02/2011 21:49



très intéressant, je te remercie, et à la lumière de ce nouvel éclairage, j'avancerais que les deux questions se complètent, n'ont pas à se combattre


par ailleurs je crois que le comment m'est une chemin davantage ouvert et foisonnant en ce moment, par exemple comment faire de chaque jour un lieu où j'ai envie d'être, ou encore comment saisir
la poésie de chaque événement, et encore comment vivre dans l'étonnement


le pourquoi me semble évident alors que le comment m'ouvre des chemins



anatole2011.over-blog.com 22/02/2011 14:06



je ne connais pas Silesius; je vais chercher


j'ai découvert que la question "pourquoi" ne me menait pas loin alors que le "comment"était plein de sève



le babel 22/02/2011 17:51



Selon Aristote et tous les maîtres, le comment est la question de la technè (technique et théorie de la technique) : comment ça marche ce moteur, cette voiture. Pourquoi, et pour quoi, ce quoi
fonctionne, que faire avec cette voiture, voilà le propre de la poiesis, dont les arts et la pensée…



Jean-Marc Lefebvre 13/02/2011 17:07



et c'est vrai que "c'est si bon de ne pas penser"


je l'entends frapper les flancs de mon esprit


j'entends ne donne pas tout le travail à ta pensée


mais va marcher, rend la plus agile, plus libre, plus ouverte


va la nourrir, il y a du pain pour elle un peu plus loin


 



le babel 22/02/2011 08:31



Silesius, toujours Silesius, être une rose fleurissant sans pourquoi....



Jean-Marc Lefebvre 13/02/2011 17:03



alors personne passera à côté, mais, je sais, tu sais, il y a toujours quelqu'un qui a faim


ceux qui écrivent, ceux qui lisent, ceux qui espèrent, les damnés de la terre, les chercheurs d'or, ceux qui se taisent pour mieux entendre, il y en a.



le babel 22/02/2011 08:32



Chaque poète est un orpailleur



Jean-Marc Lefebvre 07/02/2011 18:49



3- combien de levure cela prend-il pour qu'un pain lève?



le babel 13/02/2011 10:19



À quoi bon le pain, s'il n'y a pas de faim ?



Jean-Marc Lefebvre 05/02/2011 19:27



2- marcher allège; c'est indéniable et vérifié.


le muscle principal du poète? le mollet :)



le babel 13/02/2011 10:15



"Et Nana sur son ballon rouge


Fait bondir le soleil d'été


C'est si bon ne pas penser…"



hervé pizon 01/02/2011 23:24



je mesure le chemin à parcourir.



le babel 02/02/2011 08:32



Nous avons jeté le bébé avec l'eau du bain : dans les vieux livres écrits, il y a à peine sept siècles, qui en latin qui en autre vieux
parler, j'ai noté de ces choses-là, oui le chemin est long, si on regarde le chemin, mais il est court quand on regarde la longueur de chaque pas. J'aurais pu ajouter ces réflexions sur la
colère, commentant ce grigou du nom de Chrysostome, aux serres d'acier, sur la colère. La colère n'est rien qu'un mouvement de l'âme, elle est de ce qui nous nous anime : seul ce vers quoi
elle se porte la qualifie ou la disqualifie, dans le respect de l'homme. Donc, que vive la révolution de Jasmin, et vivent mes saintes colères !



emmanuelle grangé 01/02/2011 12:50



non non, ce texte-là n'est pas preaching;a-t-on déjà vu une chandelle s'éteindre lorsqu'aucune mise en vente n'a lieu ? (le lien deezer ne fonctionne pas)



le babel 01/02/2011 15:55



oui, le lien, il faut écouter Reggie Young, Song of preacherman.. Il y a une version plus rockabilly sur la B.O. de Pulp Fiction.


Je suis en train de lire un très vieux "preacherbook", erfurtois, où je lis "di beistin meistere sprechin daz der kerne der selikeit lige an bekentnisse".
Mais surtout dans l'assurance qu'on y parvient pas.


Et depuis presque sept siècles déjà, ces mots gisent dans leurs vêtement d'alors, visités par de rares explorateurs eux-mêmes en voie d'extinction. Oui, sur
des tablettes d'argile, au verso des papyri, en palimpseste et en bourrage de reliure, j'ai vu des chandelles éteintes et ce qu'il en restait.


Il n'existe aucun progrès, hormis technique.



anatole2011.over-blog.com 31/01/2011 01:08



1. "ne laisse rien à la douleur "



le babel 01/02/2011 15:57



La (jeune) chanteuse Camille a tort : on ne prend pas la douleur d'autrui, souvent dernier bien des dépossédés. C'est d'un cruel, en dernier recours.
Wittgenstein, qui n'est pas un con, a bien dit : "Je ne peux pas avoir mal à tes dents". 



BRAHIM KAMEL 30/01/2011 14:24



DIX...TOUT EST DIT.



le babel 30/01/2011 14:30



je craignais que ce semble trop Preacher Man



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