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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 22:07

De la part des hibiscus

 

Cette année-là, en 2009,  le soleil avait enfin quitté les draps de capiton d’où depuis quelque temps, nul ne pouvait l’arracher. La première décade en début de juin, le jour se levait, mais le soleil restait au lit. C’était à en pleurer : et le jour ne cachait ni ses sentiments ni ses larmes. Il se frottait à la bourre de coton. Les matins de printemps, comme tous les jeunes enfants, ne sont jamais sérieux : ils en avaient profité pour jouer dans l’eau et la boue. Plusieurs doutaient qu’une fois seuls, la porte refermée, le jour aurait tout essayé pour sortir le soleil de sa torpeur, l’extraire de son lit. Menaces, supplication, promesses, charme et morsures : l’inventaire complet des scènes de ménage. Quand un couple traverse un creux, ça se voit toujours un peu.

Sans doute est-ce cela qui avait découragé leurs aînés, les midis de se pointer en public, avec tous ces paparazzi, ces partisans impatients commentant le moindre éclat de leur vie privée. Dès lors, le milieu de journée ne se montrait guère : ni zénith, ni ombres courtes, ni chaleur. Service minimum. La suite fut classique. Les dernières heures avant la nuit n’avaient pas assez d’attrait pour tisser la toile d’araignée où les nuages du soir s’enchevêtrent avant de flamber leurs ultimes tape-à-l’oeil. Peu après, bouche serrée, teint gris, œil terne, le jour se glissait dans les draps sombres du grand lit conjugal où se cachait le soleil.
Un matin de cette année-là, Mister Cagnard a enfin daigné se lever — sans un mot d’explication comme toujours —. Il est venu picoter les joues de nos collines de ses rayons mal rasés, pour le premier baiser de l’aube, puis installé contre la façade, goguenard, dardant lentement de son regard doré autant que fier tout autour de lui les rues et le ciel, les passants et les balcons, il a ri.

C’est pourquoi les hibiscus m’avaient alors chargé de vous demander d’être discrets, de ne pas le fâcher, de faire comme si de rien n'était, qu’il ne se réfugie pas à nouveau sous sa couette sombre. Ils avaient un peu froid, et peinaient à fleurir.

Le temps a passé, un an puis deux, et voilà qu’à la façon d’une mégère, le chaud tombe dans l’excès inverse.

Les passants en ville cherchent le frais. Les hoquets retenus loin des sols avec les pleurs ad hoc s’étranglent en moiteur. La lumière en tranchoir, même les jours où l’orage enfin crève l’abcès, s’insinue entre chaque paupière. Des plaques sombres moisissent au-dessus des toits, juste en dessous des vols de martinets. Les nuques dodelinant dans les bus sont perlées de sueur.

Les soirs se suivent et ne se ressemblent pas, tantôt grand tapage, éclairs et trombes, tantôt lentement les lueurs s’estompent. Cette année les hibiscus ne se plaignent ni du chaud, ni de la poisseuse annonce de la pluie. Mais ils me chargent de vous demander de, discrètement, les prévenir des tempêtes où leurs têtes folles s’empêtrent, des grêles qui lacèrent leurs bourgeons.

Les hibiscus, vraiment, chaque année, ont des caprices de divas…

 

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rédigé par le babel - dans de vous à moi
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 23/06/2011 15:06



j'aime et je relis et toujours cette phrase s'accroche à mes pas


Quand un couple traverse un creux, ça se voit toujours un peu.



le babel 23/06/2011 15:22



Ah bon, ça se voit donc tant que ça… Non, je moque à tous crins !



emmanuelle grangé 20/06/2011 10:27



Ces hibiscus me rappellent votre Reine des nuages à muadhib et toi 



le babel 23/06/2011 15:21



Ils sont de la même famille, et peut-êyre ont-ils des brouillons communs !



Arnael 15/06/2011 09:52



Juste pour dire que j'aime.



le babel 23/06/2011 15:17



Merci, c'était un peu fait pour ça !



fragon 14/06/2011 23:45



Parfois des mots surlignés en jaune - au hasard - suffisent à chanvrer la corde de lin.


 



le babel 23/06/2011 15:15



J'oublie souvent de répondre aux commentaires, ah, oui, mais je t'ai répondu déjà. En bref, oui, le soleil en juin surligne en jaune les choses à faire avant de partir, ou avant d'arriver…



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