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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 13:55

Mes poèmes seraient-ils des Sehnsuchten ?

Tiens ce mot a déjà fait fuir trois lecteurs.

Baste ! Ainsi parlent les mots : si Sehnsucht n’était que chercher à voir, pourquoi ne pas sehnsuchen ? Ah oui, j’oubliais combien mes verres sont épais et souvent noirs.

Mais que voir ? « Quand reverrais-je de mon petit village… ? » : douleur du pays natal, en grec, est une nost-algie, comme une lombalgie brise le dos.

Aïe, le grec a chassé encore une main de fatigués, mais goûtez donc les sons, c’est important ! Repenez une goulée d’algie : oh oui, comme la peine s’y dit !

Bref. On dit de Sehnsucht que c’est une nostalgie ? À voir ! Dans Sehnsucht, le point focal n’est pas que l’origine !

Lorsque je pense avoir écrit, j’aime que ça cadence au-dessus des feux de juin et des portes de jais.

Cette marche sur les lois du genre est comme une Halakha, mais made in Goyim. Zut, l’hébreu a encore clairsemé l’audience, pourtant quand je dis Halakha et Goyim, il y a du heavy metal inside le son ! Mais voilà, le poids des modes ne valorise que les tranches de bœufs.

Car il est un genre plus ancien qui a nom en toutes les langues.

Aujourd’hui, poussés par l’impérialisme du dollar, nous disons le « blues ».

Avec le mot blues chante une guitare qui languit : ta dou dada dou dada dada doum, et la voix de Tom Waits surgit. On boit, on pleure puis on pisse sur les femmes infidèles qui mangent des harengs à Amsterdam. Et le lendemain, c’est pire.

Car le blues n’est pas assez.

De guerre aussi lasse que la paix est fatiguée, je pratique souvent deux genres : le Minnesang et la Klage, comme ce cher Oswald von Wolkenstein il y a cinq ou six siècles. Au prix d’une t après l’Os, son nom signifierait « Le bois à l’Est de la pierre de nuage ». Fichu nom de cène, paroles et musique admirables. « Es fuegt sich… » fait du « Avec le temps » une tentative timide.

Trouvères et troubadours n’étaient pas les seuls. En ma chère Rhénanie, au temps des chevaliers, on troussait les dames par amour en chantant cet amour : chant, « Sang », de l’amour, « Minne » : Minnesang. Bien sûr, les ennuis s’ajoutaient alors aux difficultés de la vie d’où une plainte : Klage.

Mais, quoi qu’il en soit, Sehnsuchten, nostalgie, Minnesang, blues ou Klage, il importe que le cantabile — « comme à l’aube les saules » —, amortisse l’impudeur des sentiments, plainte ou non.

La poésie dévore le cœur lourd autant que le cœur gai, mais dans le ton, dans le rythme. Elle rime quand il le faut et dérive sinon.

Je ne garde ainsi que la nostalgie de demain.

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rédigé par le babel - dans de vous à moi
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emmanuelle grangé 03/12/2012 10:03


cher babel, j'accuse réception de l'entendu en bouche. Il y a quelques temps je recevais et lisais Le conte et la pierre de Patrick Dreux, je l'entendais comme une élégie

le babel 07/12/2012 00:49



Chère Emma, j'attends le jour où, t'ayant entendu me lire, je pourrais composer en fonction de ton respir et de ta tonalité



Cath Grain de sel 02/12/2012 15:38


Les mots, et le rythme...


La poésie, c'est la musique des mots : et alors ils prennent sens... même si on en comprend pas tout, ça résonne... (que ça raisonne  ou non)!


La poésie lave de tout, blues ou Sehnsucht ou nostalgie... même novembre ou décembre*, tiens ! (*dé sombre, des cendres, descendre...)

le babel 02/12/2012 16:40






Ah Catherine, un ragoût de Hegel avec une tranche bien épaisse de Kant, servi sur un émincé d’Aristote mariné à Derrida : là, oui, du sens, il y en a.
C’est roboratif, ça tient au ventre. Mais la poésie, il suffit de la lire en public pour le voir, va ailleurs que dans le sens. Elle va dans le goût. Les pointes d’épices titillant des papilles,
le dressage de l’assiette et même la vaisselle y comptent beaucoup. J’ai encore lu cette nuit des blogues de poésie laborieusement rimée, pleine d’idées, qui en prose seraient banale, alors,
pourquoi les démettre en strophes qui ne seront jamais que des formes poétiques sans poésie.



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