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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 20:57

kiefer Érynies

(A. Kiefer - Les Érynies - barbelés et autres choses - cliquer pour agrandir)

Ô Mutti, Mama matriochka, Baba, enceinte des goulags

 

Que dis-je ! – gravide et stalag, clôture pour nous, avortons !

Ô Noût nue arc-boutée nuit divine au corps suant des étoiles

Ma’ Boden aux pieds de glaise,

Avec les radicelles, la paille de tes cheveux blancs

Mama Parole qui nous conjugue au définitif, nous, vagues relatifs

Mama… non… on t’aime plus qu’on te déteste, Mutti :

Haïr notre sang, notre sève et nos ombres ?

— Ah ah, very good fellow ! — Et la honte, le soleil, les voisins ?

Finalement, même ta chair, Mutti, passera aux aveux.

 

Y’a un môme qui renifle dans nos peaux de grands.

Il paraît qu’on a déjà fini d’être né : un orage,

— C’est pas terminé — nous aurait tatoués : « vivant ».

Impératif : ascension ligne par lignes des pages

Démarcations où l’un chante à Mutti son petit nom

C’est pas elle Lilly Marlène, vieux chauve !

On va vomir dans un hoquet les placentas et respirer.

La mémoire est gluante, et le cordon infecté.

Il faudrait naître un peu, mais c’est délicat…

 

Parce que Mutti boutonne son ventre sur son passé

 

Parce que Mutti la sage tout ça la rend folle, mais folle…

Parce que Mutti la veuve crie après le tramway

Parce que Mutti est une bigote à baffes automatiques

Parce que Mutti c'est Mutti, la Mutti, et pas d'autres en stock

Parce que Mutti est en colère et le placard est d’un sombre

Parce que Mutti die Wahrheit Mutti die Lüge Mutti die meine Mutti

Parce que Mutti est morte et qu'elle n'a pas encore accouché de nous

Une femme comme tout comme, oui comme la Patrie, pomme de terre, 

Une femme comme une histoire, et… et les légumes ? Oui, Maman

 

Y'a du vent reniflant en passant sur les champs, ça fait…

Dire aux vieux que la pluie se pointe laver les ornières

Faudrait c’est sûr composter les déchets des guerres

Mettre en mouvement les scories confuses de nos « paix »

Vu que c’est comme

Comme quand Mutti se taisait sur son passé à ceinturon

comme quand Mutti aimait à la folie et le jazz et un nègre

comme quand Mutti insultait la fenêtre, l’haleine aigre

comme quand Mutti giflait entre deux prières et un juron

comme quand Mutti était la seule brodeuse des napperons

comme quand les pas de Mutti frappaient autour du placard

 

Car Mutti c’est une mère noire du cuir du manteau long

Comme la nuit noire quand Mutti en peine, les seins maigres

À peine le clair est-il sur Mutti que les nuits jaillissent du fond

Mutti est soir en noir des SS ces blancs regards bleus

Mutti die Sonne, Mutti die Nacht, Mutti die meine Mutti

Drei Frauen die schreiben, die schreien, die streichen

Trois aisselles de Furies bouclent les champs de bataille

Je te salue, ô Mutti, morte toute remplie de nous 

Répandue dans les labours et les non-lieux

Ô Mutti, Mama matriochka, Baba, enceinte des goulags

 

Jusqu’à quand serons-nous vivants à porter le pus de tes amants

À faire des enfants pour payer les traites des firmaments

Des satellites, des cosmonautes et des Argonautes :

Bœufs castrats broutant la toison d’or de la vie…

 

Ô Mutti…

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rédigé par le babel - dans principes
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commentaires

Seb 30/05/2011 17:55



Je lis, je lis cher Babel! J'apprécie souvent en silence le beau!



le babel 30/05/2011 21:12



le babel, stp, Babel est trop Kapital, cher Marx…



Jean-Marc Lefebvre 23/05/2011 23:58



oui, d'avancer.



le babel 30/05/2011 21:08



Avance donc, tu es à un pas du mouvement…



hervé pizon 23/05/2011 21:41



d'avancer.



le babel 30/05/2011 21:07



un pas de plus et c'est l'abîme, mais Tex Avery dixit, certains y vont sans risque…



anatole2011.over-blog.com 23/05/2011 17:15



je lis le commentaire d'emmanuelle et le relis puis ton texte à voix haute


comme si je lisais pour la première fois


peut-être avais-je peur


de tant d'écorchures et d'échardes


merci vous deux



le babel 30/05/2011 21:06



À voix haute : c'est la clef



emmanuelle grangé 23/05/2011 14:49



j'aurai pris un peu plus de temps que l'imprévu à venir te lire, je me doutais qu'il y avait du passage de toi à vif, les annonces de tes écrits se succédaient, tu m'en faisais part, et moi de
t'embrasser pour ton réconfort...


tu dois te rappeller combien A. Kiefer, P. Celan sont des compagnons pour moi, te rappelles-tu la petite vidéo Mandorla que je t'envoyais sur myspace et ma page zanzibar myspace? sans doute.


il y a du laisser-crier dans ton grand poème de ce 19 mai; les grands poèmes déferlent des yeux, roulent sur les joues, étranglent la gorge, ils n'expliquent rien, ils disent, ils sont à lire à
voix haute.



le babel 27/05/2011 14:08



oui, c'est cela ainsi schreien, parce que le b des séphirot est perdu, que schreiben tut schweig : et cela, qui le traduira sans clouer une chaise de jardin en lambeaux sur la toile ?



Jean-Marc Lefebvre 23/05/2011 00:01



la récolte n'est pas si maigre


il n'est pas si facile d'ouvrir un dialogue vraiment critique pourtant


pourtant il n'y a que dans cette vérité que l'écriture s'ouvre


quand je lis un texte, c'est le texte qui me sert de base


la difficulté d'écrire sur un blog tient à mon avis


au manque de recul


nos textes n'ont pas été soumis à l'épreuve du temps


ce sont souvent des textes à chaud, avec des tics et de faux attachements


trop tenir à un texte et le défendre, c'est souvent l'empêcher


d'aller vers ce lui-même que son propre auteur ignore


je ne crois pas le lecteurs si paresseux


je suis certain que tout lecteur recherche au moins


un étonnement


je parle ici du texte poétique davantage que du polémique


 



Jean-Marc Lefebvre 21/05/2011 02:50



je cherche où placer  un silence


dans le creux de ta main


peut-être je cherche à naître


dans un dialogue malaisé


ce texte déferle et je me dresse


comme pour protéger la naissance


du poème qui bruisse derrière


la lumière noire


pacifier les ombres c'est tout moi


ça



le babel 21/05/2011 23:21



Un grand merci pour cet écho unique et ainsi précieux. Je ne sais en quoi j'ai raté quelque chose : est-ce le titre qui a découragé des lecteurs
éventuels ? Ce poème a été peu lu et peu apprécié.


Pourtant je le défendrai. Nous sommes abonnés aux fausses provocations gratuites qui ne provoquent que l'aisance benoîte d'être des gens bien, sans doute de
gauche. Mais nos révoltes sont programmées. Tout est prévisible en nos incendies des totems. Ou bien je me suis totalement planté en ce poème, mais des gens en qui j'ai confiance m'en ont dit du
bien. Ou bien la toile encore te toujours reflète les modes et non le tâtonnement, la répétition des muezzins athées, des bigots libres-penseurs, et non le fouillis d'une excavation
d'orpailleur.


Placenta ? Il rassemble nos deux totems ou tabous qui normalement s'épaulent, l'un interdit, l'autre diktat. Dans le mot placenta, dans le jeu de ce que nous
cachons dans cet arcane où Éros et Thanatos s'unissent, je le sais bien des dégoûts se lèvent, prêts à emmurer nos certitudes de chevaliers blancs.


Manger son placenta, s'en nourrir, quoi de plus animal ? Aimer la terre, l'histoire, comme autant de mères indignes, et aimer sa mère sans être dupe de son
épitaphe de Madonne : peut-être ai-je induit ici des douleurs, sans avoir la plume assez belle pour faire avaler la couleuvre…


Maudit silence qui ne nous renseigne pas.


Qu'un poème soit très beau, et rien n'est dit, car « que dire de plus ? »


Qu'un poème passe « à côté », et d'un clic, une autre page web est chargée.


Dans les deux cas, ce qui devrait être parole échangée devient parole échouant dans le vide et l'absence qui seule est réelle dans le monde
virtuel.


(ces silences me disent en fait que je ne peux être médiocre, car le pire advient sur du bon en mes poèmes : amère tristesse du verdict)


Et terrible, un constat se lève comme une aube sale : seul le médiocre, le fade, amènerait-il des mots sur la toile, à la différence du meilleur et du
pire ? Ouvrirais-je un blogue pour bruire avec les buzz (brouhahas ?) du jour, j'en serais plus applaudi ! 


Être ténor dans la chorale de Panurge est un hobby "reconnu d'utilité publique"…


Faut-il être du ventre mou pour recevoir l'aumône d'un écho ?


Encore merci.


Je ne pense pas avoir le temps de nourrir ce blogue dans la semaine à venir, ton message, deux autres via Facebook et le réseau beaucarnien, et les critiques
constructives de Fragon : voilà avec quel maigre panier je devrais tenter d'avancer, ou d'arrêter.






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