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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 08:41

 

Accusé-Réception de l’arrivée de mars

On peut se retrouver si tu veux au bistrot des mois et des années. Mais si tu connais ! Le PMU du temps qui passe plus ou moins bien vite lent ou lourd ! Bar embué jadis enfumé des rendez-vous à la sortie du bureau, de la bibliothèque. Les laines parfois, après la pluie froide, recouvrent au crochet leurs suées, leurs haleines de mouton dans un léger brin de vapeur. Cela fait une colline sur le plateau d'une table, où une forêt moussante de bruns, gris, noirs, et turquins couvre sa canopée d'un nuage de brume : une noisette figée entre lait et café, soupirant un peu en se réchauffant, les pages effeuillées d'un calendrier, sépias, fanées, sans pin-up, chiffonnées d'être posées puis reprises au fur et à mesure que les saisons hésitent. 

« T’as remarqué, il ne fait pas encore nuit ? C’est sympa, je te dis, de laisser des épaisseurs dans l’armoire. Oui, mais on voit plus comment s'habiller. Dans la neige le matin ou à la nage l'après-midi. »

À l’heure dite, quoi qu'il en soit, les chaises raclent le sol en terrazzo. Les manteaux s’épaulent les mains se pressent salut à la prochaine. 

 

Junon, rien que ça, remballe ses gaules. Elle a fini sa journée. Elle ramène son petit dernier, Février, celui qui décape, à la maison. Celui-là est du genre acide, maniaque. Junon a laissé deux sous sur le formica, Charon les a déjà repérés. Il s’est fait son magot dans la gargote des jours. Le passe-passe, c’est son truc. Il fait son beurre à coup de petites pièces.

 

Mars ne devrait pas tarder. C’est son heure. Il balancera son casque intégral sur la moleskine, posera sa veste de cuir sur la banquette en skaï, et enverra à l’entour son sourire plein de dents blanches comme la grêle. Il aime ce qui en jette. Il met une pièce dans le juke-box, en regardant l’envie de Charon « tu ne l’auras pas celle-là ». Il sait y faire. Il aime aveugler entre deux nuages noirs. Quand on croit qu'on ne voit plus, il attaque, à la sortie du tunnel. Un genre de rosace ou de bouclier dans la nef sombre attire l'œil que son javelot clair traverse de part en part.

 

mars, violent comme un uppercut de lumière, ça fait cliché, mais en noir et blanc. Il redécoupe les angles des façades sur un ciel changeant de gris pour un autre gris. Il charge des ombres qu'il sème comme au hasard dans un crachat de clair-obscur. C’est son moment à lui; il maîtrise; il va faire son numéro, l'équilibriste, jusqu'à tenir dans une main autant de jour que de nuit, autant de paix, dit-il, que de guerre. 

Bien rodé. Dans le bistrot des mois et des années, il a du mal à surprendre, maintenant. Mais il arrive encore à faire mal, ne serait-ce qu'en insistant.

D’autant plus qu’ici il est connu… ce n’est que de sa frime, ce frimas qui veut durer un brin et qu’en avril… en avril… April, com’s she will ! Faut juste attendre un peu…

Je suis d’accord, mais en attendant, c’est long, et le gel, ça te pince. Moi pareil, chaque année.

Il faudrait juste pouvoir regarder les appliques rococo plaquer des reflets étranges sur les verres, satisfait d’admirer le manège des mois au bistrot du temps qui passe.


 

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rédigé par lebabel.over-blog.com
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fragon 16/03/2011 22:11



Comment fais-tu pour être si cycliquement inventif ?


Un texte comme une danse sautillante.


Hier, j'étais à me plaindre que mon manteau sentait la fin de l'hiver... une vieille et moche odeur de feu de cheminée refroidie, de poussière et de cigarette.



le babel 18/03/2011 12:18



je suis moi, tous mes "moi"…



emmanuelle grangé 01/03/2011 17:19



Les jours rallongent, la nuit en est-elle plus crémeuse au bistrot du sans compter les Accusés Réception juste avant celui-là, l'Accusé Réception du temps qui passe ?


(Il faut que je retrouve dans mon roman passé le passage où Charon, bistrotier, déplume quelques photos du temps qui passe; je vais chercher et t'envoyer)



le babel 03/03/2011 22:41



Les jours s'allongent


et nous nous levons



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