Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 10:50

Madame l’Existence,

Conformément aux émotions, et, hasards de la vie, aux convertibles convenances, aux bons sentiments vernis, Nous avons enfumé l’arrière-salle des immeubles aveugles : nos brumes, sur leurs façades, donneront aux lampadaires une prestance d’arbres à lunes.

Certes, les lunes ne sont pas encore mûres, et dans ce roncier, seules des étoiles parfois scintillent aux domiciles photovoltaïques. Mais quoi : c’est la vie !

Nous avons pris soin de nourrir de sépia, d’encre sèche et de lambris, nos palettes de couleur. Dans les haut-parleurs, nous avons caché des crachotements, ainsi que des chuchotements sur le chemin, celui qui coupe en longeant les silos. Les silos ? Chas entre ces trémies où se tailler la face dans la morsure des bises de l’Est, quand les carcasses rouillées des usines vides ponctuent le chômage sans rien en vomir.

Si d’aventure, vous, Madame l’Existence, nous estimiez bien trop fades, bien trop communs, bien trop bon marché pour prétendre orner votre quotidien, vous êtes priée, Madame l’Existence, d’aller pavaner vos prétentions là où paillettent les divas d’un soir, en quadrichromie — pour être précis —, et de nous laisser écouter le crissement du sable quand passe un accord mineur.

Merci.

Idem, les fûts élancés d’une forêt, tout habillée de fleurs diaprées, de verdures chamarrées, dansent sous le vent des bouches d’aération : désormais, Marylin Monroe sera brune de la tête au pied, et fine, voire africainement british, et plus encore, made in Brighton. Sa robe blanche est devenue une tenue changeante, aux couleurs projetées en avant, écouteurs de nacre dans les pavillons auditifs. J’ai son foulard mauve pour réchauffer mon cou trop pâle. En émissaire, elle va proclamant bien fort que demain le ciel apprendra à mordorer deux yeux rieurs et une bouche à dévorer dix vies, trois brownies, et une maladie venue d’un génocide rwandais, tout en discourant sur un ultime chanteur si beau.

Madame l’Existence, il est temps d’aller te rhabiller, ma jadis belle ! La loi de Newton s’impose à tes fruits : tes seins perdent leurs attraits. Ils seraient mamelles, s’ils avaient la générosité du lait. Inutile de courir après le goût du jour, il est déjà passé.

Essaye pour une fois, notre saveur.

J’accuse réception de ton passage, madame l’Existence, comme un merle au bec jaune dans l’ombre bleue des thuyas, comme la braise rouge au revers de mon Syrah, Légion d’honneur viticole, comme le gémissement du vent qui hulule dans ces ruelles de Carcassonne, où faute de promotion, il ne vient jamais personne, sauf deux ou trois amoureux du silence lorsqu’ils s’enlacent à contre-loi.

J’entends ce silence de rêve me redire que c’est dans tes bras, Madame l’Existence, que s’élance le bel âge des vingt ans. Mais je n’ai plus vingt ans. Comment te croire quand le futur est de plus en plus réduit et connu, et la mémoire de plus en plus lourde ?

Vingt ans déjà à en être là, ou à faire cela ? J’aurais pourtant toujours vingt ans de quelque chose : j’entends la pluie détremper le sous-bock où j’ai noté le souvenir de tous mes vingt ans. Regarde-le, ce mémento : je le jette dans le fleuve : allez, chante ! « Beau, beau, petit bateau, le passé s’en passe sur l’eau ». Quand il aura délavé mes notes, tu y mettras les tiennes, Madame l’Existence.

Ceci fait, n’oublie pas, de nous dire si le ventre de la terre est rond comme celui d’une femme qui va accoucher du futur, ou comme un abcès qui va assainir le présent en se crevant.

Mais dis-le-nous entre les lignes, Madame l’Existence, range tes cuivres et ton décorum d’opérette : le présent est un enfant endormi dans les draps et les langes du souvenir et de l’espoir.

Alors, ne le réveille pas pour être certaine d’exister à l’entre pleurer.

Madame l’Existence, je préférerais savoir ton prénom, et le dire après « Madame ».

Partager cet article

Repost 0
rédigé par le babel - dans principes
commenter cet article

commentaires

Arnael 12/06/2012 19:57


Nous sommes d'accord.

Arnael 12/06/2012 11:15


Tu as raison, réaliste n'est pas le mot adéquat.

le babel 12/06/2012 12:04



mais irréaliste non plus…



Arnael 11/06/2012 23:40


Bonjour mon cher Babel, tu m'as suivi jusqu'au bout sur myspace (je suis Rémi) et je t'en remercie. Je viens de lire tes deux derniers "accusé-réception". Pourquoi si soudainement après un long
silence? La curiosité et un bon souvenir, jamais démenti, de ton engagement réaliste, je voulais te dire merci.

le babel 12/06/2012 10:21



Bonjour Rémi, oui je me souviens, MySpace : c'est si loin. "Réaliste" ? Vraiment ?



poiuyt 02/06/2012 00:28


bla bla bla...

le babel 02/06/2012 00:55



Cher Poiuyt, ton pseudonyme te permet de sauver la face ! Bla bla bla ?


Tu ne peux dire que cela ?


Relis "la tirade du nez" : toi aussi tu es un peu court ! 



anatole2011.over-blog.com 30/05/2012 02:41


Un poème, car c'en est un dans cet élan des sens; un tableau fait de temps, de sable et je ne dirai pas de mémoire même si partout présente même en son absence. J'en retiendrai ce et
de nous laisser écouter le crissement du sable quand passe un accord mineur qui me donne beaucoup à entendre.

le babel 30/05/2012 11:22



Oui, c'est un poème, il ne pense pas, ne résoud rien, mais crie



emmanuelle grangé 28/05/2012 09:08


de la parité du genre des mots, l'existence, la vie, la réalité, l'être, le rêve, le bordel, und so weiter fast umgekehrt auf Deutsch

le babel 28/05/2012 10:15



J'ai longuement hésité, le rythme est hachuré plus qu'haché, et c'est de la prose. Je n'ai pas vérifié les genres des mots, belle idée !



Présentation

  • : Vitrine d'un atelier de textures - l e b A b e l
  • Vitrine d'un atelier de textures - l e b A b e l
  • : Nos vies ont gardé de belles formes : Il faut le dire.
  • Contact

  • le babel
  • ou bien ces pages parlent pour moi, ou bien je dois recommencer
  • ou bien ces pages parlent pour moi, ou bien je dois recommencer

Recherche

Pages