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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 06:45


La parole est à la mer. Elle était là avant, dit-elle.

La terre s’insurge : elle a le droit pour elle, dit-elle.

Les hommes l’ont portée jusqu’ici, dressée, installée :

Nasse posée entre deux flottilles.

Une digue et des remous les séparent ; une rage les unit.

Tous les coups sont permis : les mouettes en rient,

Avec l’humour de ceux à qui tout profite.

 

La mer a toutes les audaces.

Elle lance par vagues ses plus jeunes eaux,

Mugissant la gloire des martyrs,

Crevant en un dernier sursaut sur les terrasses avancées,

Atteignant les touristes téméraires.

La mer navrée comme une Vénus saoule

Se penche et vomit des éclats de paradis.

La terre lui renvoie un lent travail d’alluvions,

De pentes et de refus, hissant des brisants,

Jurant des bétons, haussant ses frontons

Progressant pas à pas, peu à peu

De pierres tombées en pierres tombales.

 

On aimerait dire à la marée combien sa cause est noble,

Mais sa façon de nous cracher au visage, ignoble.

On aimerait lui dire à la marée de vengeance

Qu’à nous rejeter des cadavres de marins et d’enfants,

Ceints de bombes et simples d’esprit,

On ne peut que la fuir, comme on fuit

Un caveau ouvert par la houle.

On aimerait dire à cette terre enceinte de murs,

Combien sa place est ici,

Qu’il ne sert à rien de toujours craindre

À en estampiller la peaux des eaux fuyantes,

De capturer sans cesse les petites flaques

D’y laisser mourir de soif leurs nacres.

On aimerait pleurer sur cette terre des larmes vivantes

Les seules à faire fleurir le désert.

Mais elle saurait reconnaître dans les pleurs

Les bâtards de la glaise et des océans.

 

Exploitant des courants, thoniers et chaluts

Se remplissent le ventre de carcasses fraîches.

Sur des planches agitées par le tangage,

Parce que c’est l’heure, de longues algues vertes sont tirées,

À bout de bras, à force de légendes, à la mode de chez nous,

Laques mortuaires, suaires pour les lames de la mer en colère.

Leur répondent de tristes bâches sombres

Tendues à terre sur les richesses mises au sec,

À pied d’œuvre pour dévorer un bras de mer

Une jetée élancée au travers de l’estuaire.

Les flashs de la presse et des badauds crépitent

Les prises sont étonnantes, au moins pour ce soir.

Un sage de passage trouve une moralité sous la glace pilée

Racle sur son jean la boue et les écailles,

L’empoche et calcule son prix à la revente,

Phénicien au sang d’encre de comptoirs :

Beaucoup payent cher n’importe quelle fin de l’histoire.

 

Puis avec la lenteur d’un mariage épuisé avant d’être consommé,

Les assauts lâchent du lest. Même les rêves veulent dormir.

La radio annonce qu’un cessez-le-feu a été décrété au Liban,

Que des otages ont été libérés, que les banques sont guéries

Les journaux se colorent de foules en liesse, de marronniers

L’étal nous vient. Dans le silence creusé à vif, apparent,

J’entends le pas lourd d’une veuve, fière de sa peine,

Face à la mer, brodée de débris, de chevaux de herse

Une revanche clapote dans les flux déformés

De ses hanches tout habillées de reflets noirs.

Le sable crisse, n’ayant jamais su prendre parti.

Une porte claque quelque part au sec sur le port,

À moins que ce ne soit un pilotis de cèdre qui cède,

À moins que ce ne soit un cercueil que l’on cloue.

Chacun reprend souffle dans ses cordes, amarré au ring :

 

Le soleil se lève à l’est, la nuit s’étale vers l’ouest,

Les ombres s’allongent au nord, la lune s’étend vers le sud.

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rédigé par le babel - dans principes
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Brigitte Fraval 24/02/2012 22:45


Le premier choc passé ...et oui il y a bien eu choc ,violent comme la vague qui  cogne  et t'échoue au rivage ... je n'ai toujours rien à dire ,si ce n'est "ce que j'aurais
aimé écrire cela ".


Je suis hameçonnée !

le babel 25/02/2012 00:23



Tu en écriras d'autres, qui seront tiens



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