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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 03:18

Il suffit de respecter ses affaires.

Par exemple ta vie.

Tu la poses bien à plat, et tu la repasses lentement à la vapeur des souvenirs.

Ça embrume, ça permet de refaire un peu le passé,

De jeter la clef du placard aux cadavres.

Avec le soin dû à cette petite chose

Désormais au carré et sans faux pli

Tu as ton espace de jeu.

Pas très grand, mais le tien.

Tu peux y broder tes initiales.

C’est ta vie, après tout !

Voilà ton monde secret où tu déposeras tes glaires et infections, 

Toute la matière, le quotidien de ta vie intérieure.

Vrai de vrai, tu peux le faire.

Crache dans la soupe, pour voir : 

tu vas vite comprendre combien ce serait idiot, 

Ingrat de salir un si joli fichu de dentelles.

Il suffit de respecter ses affaires, sinon, quelle légèreté !

Choisis si possible une toile à la fois résistante et à la mode : 

En public tu seras jugé sur ton genre de vie.

Continue à la travailler au fer chaud.

Elle n’avouera rien.

Ce n’est pas qu’elle soit héroïque !

 

— Ne fais pas l’enfant, les héros ont une espérance de vie de 90 minutes environ, sans l’entracte, et puis on sort du cinéma —.

 

Non, ta vie ne dira rien, si elle est bien élevée, 

car on ne lui demande rien, 

Sauf de se laisser encore lisser sous la semelle des Grands Fers 

Qui gouvernent le repassage des choses de la vie.

Et en silence, s’il vous plaît.

Pensez aux autres, voyons !

Pour le bien de tous, évidemment.

En fin de compte, tu auras une petite vie pliée en quatre, prête à l’emploi.

Mais oui : la tienne, alors cesse de te plaindre !

Ta petite vie ainsi bien pliée,

On appelle cela un suaire, ou un linceul, c’est selon.

Tu pourras y passer ta mort, comme tu as passé ta vie.

Et si tu sais y faire,

Tu pourras prendre en douce, le mouchoir du voisin

Pour y expectorer tes scories.

Ainsi tu conserveras, jusqu’à l’heure des regrets éternels, 

Une belle vie en forme de drap mortuaire, aux normes, respectable.

Le voisin, si ta vie a pris un bon pli, ne pourra rien dire : 

Non, mais, as-tu vu dans quel état il laisse la sienne !

 

Il suffit de respecter ses affaires, te dis-je, 

Et de plier sa vie au carré de l’hypoténuse officielle.

Ne ris pas : tu n’as qu’une vie !

Regarde !

C’est écrit sur le panneau. Avec deux dates.

Oui une vie, une seule, et elle, elle ne repassera pas.

 

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rédigé par le babel
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commentaires

soleildebrousse 18/05/2013 15:06

N'empêche, n'empêche... n'empêche... quelle chance qu'on ne te l'enlève pas de force. !

l e b A b e l 18/05/2013 15:16

Tu te souviens de certaines fois où nous parlions d'écrire avec des mots simples, quasi usagés, dans des "venelles" intérieures, eh bien voilà, je peux te le dire, le sobre est un Everest.

emmanuelle grangé 18/05/2013 14:26

me demande si tu te parles ou parles à l'autre, mais les deux tu sont valables et bien reçus !

l e b A b e l 18/05/2013 14:40

J'ai tout fait que les Diseuses n'aient pas peine à se le lire à voix haute, jusqu'au bruit de la buanderie, qui fait fffsss, dans "sauf de se laisser encore lisser sous la semelle des Grands Fers ". Heureux que tu aimes.

dreux patrick 18/05/2013 14:19

Très fort

l e b A b e l 18/05/2013 14:38

La vie a parfois un goût de curry brûlant rance pour masquer le goût des anguilles à avaler.

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