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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 07:14

Voici le moment où jouer quatre goûts ne suffit plus

Salé, sucré, amer, doux, s’en sont allé ; voici les jours du fade.

 

On aimerait bien s’y rouler dans les épices.

On a l’âge pour sourire à un grand départ,

Retour vers l’âge tendre et tête de bois,

prendre la vie ou ce qu’il en reste du  bout des doigts

Fini de rechercher les pépites du chocolat

C’est dans le moka que chante la pyrite.

Démon des 40 ans, des 50 ans, jamais content,

N’importe quoi qui ait du goût, et plus de fade !

 

Il sera une autre fois

Une enfant sans nom, mais jeune et folie

Sur un chemin de sauce grasse partant de chez elle

Vers ce qu’elle sera, avec interdiction de goûter

Aux saveurs des baies, des bosquets acidulés,

Qui lui donneraient un prénom, et même nommeraient

Les monstres en Jabberwocky, de l’autre côté du banal


C’est pour cette fois

Elle part, et suit la piste incolore avec son peu

De salé et de sucré, pour une bouche édentée

Elle part, sur le chemin fade, dont le loup se moque

Voici : ce sont des jours de lumière et de nuit,

Intimement jumelés en un filet, un brouet où domine

Ce défraîchi sans ni joie ni ennui, mais épais

 

Il était une fois

Il était une fois une pointe de poivron glissant

Entre les basilics, les thyms, et les clairs-obscurs,

Petite pointe de rouge dans la bouillasse

Perle ou rubis roulant dans son écrin de riens

Vers la douceur pénible du devoir accompli

 

 

Il était une fois

Il était une fois un loup passe chemin, caché

Sous les épices et les parfums, traçant ses routes

En travers du terne, avalant des lieues d’interdits

Truffée de belladone, d’aïl sauvage, de chanvre

Pour enfin s’évader dans le paprika posant

Sur le gravier sans goût un parfum de dessert

un retour à la fontaine de jouvence

 

Je serai une fois,

J’étais une fois mis devant ce jeu du goût fuyant

Pour peu que des décennies médiocres soient gobées :

Un peu de mensonge, deux doigts de tricherie,

Maquillage par ici, minauderies par-là : le tour serait joué,

Les journées sans jour seraient tuées avec les vieilleries de la nuit

 

Ce serait une fois

Ce serait une fois, un jeune loup prêt à

Engloutir la longueur des heures périmées

Pour un petit chapeau de paprika, avec ou sans

Petit pot de beurre, panier d’osier sur son lit d’herbe

Tendre à en croquer tous les souvenirs déjà délavés

 

Il était une fois,

Il sera une fois, du moins, dans mon livre, c’est la vie

Des villageois, ternes, gris, des gens ordinaires

Qui saisirent le loup, l’éventrèrent pour en sortir

Et la grand-mère sans goût et le chaperon mâché

Ils mirent des pierres dans le ventre du loup puis,

Recousu, le jetèrent à la rivière couler au fond du fade

Qu’il boive à grand trait l’ennui d’une eau endormie

 

C’est la victoire du fade

Comme à chaque fois,

À force d’aller et de finir, le chemin a tout perdu

De ces surprises, de ces saveurs pour qui s’arrêter,

Et que sonnent les heures : nous serons en retard

Mon petit loup lapin blanc, mon passe-temps

À travers l’automne sans couleur ni odeurs

Hormis la vapeur que font deux souffles

Réunis sans amour par peur du froid monotone.

 

Comme à chaque fois

Voici le cadre, la petite étagère, la planchette

Où en ligne, les poudres colorées attendent

De saupoudrer cette fin de demi-aube, crépuscule,

Plat unique de ce jour plat, annonce de l’ennui noir

Qui fait les nuits blanches, et qu’une seule braise

Éclaire, comme un bonnet de poivron marchant

Dans l’ornière creusée au passage de mille

Et un bouillons passés de plus de onze heures

 

Il était une fois

Le fade, marié, quelques enfants, mais qui s’en soucie ?

 

 

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rédigé par le babel
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commentaires

Cathy D. 07/11/2016 21:46

A croquer

l e b A b e l 07/11/2016 22:20

Le fade est-il croquant ? Ou ni croquant ni coulant, mais…fade.

dreux patrick 19/10/2016 09:33

Dans les mots, sous les mots, dans le froissis qui s'entend, ces pointes de couleur et de saveur restent sur la langue, sur le bout des doigts, dans les yeux... et le fade, et le terne, le monotone se carapate un peu au passage... Un texte qui se lit et se relit, admiratif de ce bel ouvrage qui tinte triste au fond

l e b A b e l 19/10/2016 10:17

Merci.

Mais n’est-ce pas ce creux entre été et Toussaint, pas encore dans les odeurs de Noël, déjà loin des couleurs de l’automne, et plus encore de ce qui vibrionne en été.

Triste, je ne sais pas. La joie peut-elle aussi être fade, sans paraître triste ?

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