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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 04:37

Poème initial de Rémi Karnauch

Réponse donnée avec son accord et complicité.

 

Dieu se soulage entre tes lèvres

 Rémi Karnauch

 

Tes lèvres soulagent la naissance de dieu

l e b A b e l

 

Ne sonne pas la trompette devant toi

car ton ombre te recouvrira

et pâquerettes et coccinelles


mangeront tes yeux et tes entrailles

Toi qui voyais bonne renommée

marquer au front de ta mémoire

une balafre, et les cymbales

ponctuer ton nom dans la bataille,

tu ne vis point s’ouvrir la faille

du père Matthieu du frère Popaul

bibliques élans, sages paroles

qui sous tes pas ouvraient la trappe

Et tout rongé par leurs sentences,

comme tu t’en vas en maugréant

te dégonflant comme tu flatules

loin des dorures, croché de tubes,

mémoire d’encens et de prières,

c’est du bon dieu que tu hérites

cette charogne que tu figures

dans ton habit les mains croisées

Un peu furieux sous cette vêture

n’insulte pas ces pauvres vers

n’y sont pour rien, ils obéissent

à leur fonction double nature

S’ils te traversent en multitudes

c’est comme la pluie pleuvant la viande

que t’as mangée, c’est bien ton tour

ils te dévorent si diligents

et c’est le lombric qui te dépierre

Toi qui pensais pauvre Janus

tenir en joue la double face

l’allée retour et puis la grâce

c’est le bon dieu qui te reprend

l’hostie inverse il s’accroupit

excrémentiel il t’évacue

tout en pesant tout' tes vertus

c’est le bon dieu qui se soulage

dans le trou à rien où tu conçois

une jolie fleur et trois couplets

car bien candide tu es resté

très immobile sous les voilages

Un peu de buée à ta fenêtre

on l’essuiera revers de manche

pour regarder où tu n’es pas

Ce joli mot que l’on serine

l’éternité en terre d’asile

ouvre les ailes pour les oiselles

qui se décident à petits pas

elles te rejoignent et leurs oss'ments

c’est une rumeur que tu écoutes

une pluie légère une pluie d’automne

Une plume volette depuis l’aurore

une main de l’ombre s’en est saisie

et te dépose en témoignage

qui disparaît dans un tiroir

c’est d’jà l’printemps pour les nouvelles

les petites fées au rire cristal

c’est ton destin faut l’accepter

papier froissé et on t’emballe

dans un souv’nir qui se résorbe

nous n’sommes ici que pour descendre

tous nos degrés sans rien comprendre.

 

Toi, marche loin des trompettes sonnantes

Fais taire l’ombre trompant ton sentier

Chaque grain sur les beautés du jour

Fleurira sur ton tombeau, par ton corps

 

Comment gommer tes noms corrompus

Dans ta mémoire, ton mouvement et ta vie

Tu lisais sur les peaux, dans les cicatrices

Ton appel à recevoir d’autres médailles.

 

Fou que tu es, aujourd’hui vient ta nuit

Aveugle et sourd, tout en toi se paralyse

Pour que tu chutes du haut de tes pinacles

Dans la terre ouverte pour te dévorer

 

Fou que tu es, tu regardes et ne vois rien

Tu lis les Apôtres, tu soupires vers les saints

Dont le simple écho te rend digne des geôles !

Tu dépenses tes soleils pour des miroirs éteints

 

Même les Maîtres Secs ès Sorbonne,

Cerveaux jongleurs sur âmes mortes,

Par inadvertance, d’un ergo, crèvent

La bulle de tes actes de charité côtés

En bourse, avec retour sur soi, plus doré.

 

Tu poses fier, au seuil du repos, poignets croisés

Dans la pestilence du cercueil, les lys.

Te regardent blêmir, car tu seras servi

Aux vermines mangeant ce que Dieu leur donne

 

Toi qui de face étais un sourire offrant des fruits

Tu cachais ton dos où les serpents et les nuisibles

Avides, avaient fait leur nid de ta part d’ombre

Creusant chaque jour leurs terriers en toi

 

Tu pouvais devenir entièrement une charpente

Enlaçant des mortiers séculaires, des crépis

Les parquets agrippés à toi, par son ossature

Offrant aux enfants la nuit le jeu des bruits

 

Une plume de grande beauté tombe avec la pluie

Dans le creux de ta main, elle te dirait la Chute

Des anges, prends-la, sauve-la d’un geste

Cache-la au fond de ton tiroir à malices

 

 

Tes dames aux corps fins comme oiseau

Te rejoindront sur la pointe des ballerines

Couché côte à côte sous terre à en devenir os

Voici l’équinoxe et ses pluies lentes, entends :

 

Un drap attend déjà d’être tiré sur ta face cirée

Ton épitaphe s’usera : il ne restera rien de toi

D’où sommes-nous tombés pour descendre

Sans que ni raison ni désir le veuille ?

 

Un Dieu voudrait naître sur tes lèvres, avant

Dans ton cul de bas de fosse digne de Job, là

Où tu laisses perler une fleur, trois couplets

Offre donc ta fécondité, elle est là

 

Toi qui t’es gavé des dons que tu devais donner

Pourras-tu passer par la petite porte cachée

Au tréfonds de la cave, et s’ouvrant sur le jardin

Où jamais plus une fleur ou une beauté ne fane

 

Crie, rie, dis la vie ! Lave-toi la bouche à la beauté :

Tes lèvres y soulagent la naissance de dieu

 

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rédigé par le babel
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commentaires

dreux patrick 19/10/2016 09:36

Etonnant diptyque ... échos, ricochets, fractures... deux voix qui s'entendent dans leur différence pourtant radicale...

l e b A b e l 19/10/2016 10:19

Une polyphonie demande toujours de la différence et de là, vient le relief.

Emmanuelle Grangé 02/10/2016 15:19

rien qu'à la première lecture de l'un de l'autre, j'entends vos résonances, plus exactement celles de babel à Rémi, là où l'un débarque d'une parole, l'autre le débusque

l e b A b e l 02/10/2016 16:11

Il faut bien que connaître les deux apporte quelques avantages !

Cathy Dubois 01/10/2016 14:37

Terriblement terrible....

« la beauté est là
elle émerge
incompréhensible
inexplicable
elle surgit unique et nue —
à nous d'apprendre
à l'accueillir
en nous »

"je ne suis plus
un poète gracieusement cultivé
mais le primitif
d'une pensée
dont je ne connais pas la logique
dont je ne parle pas la langue "

Kenneth White, le tireur de mots et de larmes

l e b A b e l 01/10/2016 15:06

Voilà qui devrait beaucoup plaire à Rémi. Merci !

md 01/10/2016 01:52

..."On t'écrit ici, avec un doigt sur le ciel
Une, deux, trois phrases. C'est assez.
Toi - en suivant attentivement ces mots
à l'intérieur de toi tu te retrouveras
et avec toi tu retrouveras l'immortalité vivante. edward stachura
bouleversant poème

l e b A b e l 01/10/2016 05:20

"Edward Stachura", voici à découvrir, donc. En France, rien, ou presque rien au premier abord. Mais qui sait dans les bibliothèques spécialisées ? Merci de m'avoir fait connaître son existence.

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