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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 09:45

Après le défilé de mon poignet, de ma main, de mes doigts,

J’ai regardé le bord de mon corps :

En été, c’est plus facile de le voir

Là où je finis dans un bouillon d’atomes

d’où commence l’inconnu qui n’est pas moi.

Ma peau n’a rien d’une clôture mitoyenne.

Nul bail ni emphytéotique ni banal

Ne me cède une place en ce corps

Ma vie parmi nous n’est pas contractuelle

Ce corps qui devrait choisir entre se placer sur un rang

Ou se déclarer dans ceux listés comme hors les rangs

Ce tas de molécules fait de moi un animal politique

 

Bilan ?

Je ne serai pas démocrate : le bonheur des uns fait le malheur des autres

Je ne serai pas républicain : le bien commun n’est pour personne

Je ne serai pas anarchiste : la loi du plus fort finit par triompher

Je ne serai pas monarchiste : les symboles ne sont pas immuables

Je ne serai pas totalitaire quand la totalité souffre un par un

 

Le débat ?

Il faut nommer qui a tort et qui a raison ; ça ne longe que les tombeaux des « autres »

La lutte ?

Il faut nommer le vainqueur et le vaincu ; elle ne ronge que ce qui est aux « autres »

L’indifférence ?

Elle ne nomme ni victime ni bourreau, elle ne songe pas aux « autres »

La résignation ?

Elle ne nomme ni les uns ni les autres, elle ne plonge que dans le vouloir d’un « autre »

Je ne veux pas le partage des richesses des autres

Je me moque de libérer la femme des autres

À quoi me sert de proclamer l’égalité des autres

Dénoncer les abus de pouvoir des autres

Réclamer le désarmement des autres

 

J’ai regardé au bord de mon corps…

au premier point de mon élan

Comme un cerf au bord du ravin, en contre-jour

Oubliant la ligne de mire des chasseurs

 

J’ai regardé au bord de mon corps…

là où la solitude s’achève au contact d’une autre chair

ou bien quand février gèle, étouffe seul dans la laine

Combien d’anges tiennent sur ma rognure d’ongle :
Et parmi eux, combien en ai-je déçu ?

 

Tous les ceci et les cela une fois prouvés font loi,

Mais périmés par le temps passé à les prouver

ceci et cela lus et approuvés quelquefois

ceci et cela durs et éprouvants souvent

ceci et cela comme neige au soleil

ceci et cela comme les infos de la veille

 

Le désordre vert des feuilles au jardin, sous le vent

L’écho des musiques de cour en cour, en vagues

le parfum d’un café au matin, un rien grand-chose

la douceur les cartes sur le tapis au bar, mousse et humus

la saveur d’un moka ou d’un piment, feu dans le fade

portent en leur face cachée une dédicace,

l'épitaphe des combats inutiles, des armées identiques,

des drapeaux alignés au musée de mes désertions

 

Le rideau des platanes sous la pluie,

Vers le canal, borde mon lit

le long de la route nationale,

encage mon horizon.

je vais déposer mes oriflammes et mes bûchers,

et jusqu’au bord de mon corps,

devenir ce que je suis, ce dont je ne rêve pas

 

Je suis du sang, je suis de la sève,

de l’eau des torrents et du grain de la pierre.

Je suis un suc dans la branche,

une veine dans le bras, une rigole sur la grève.

Je serai hier je suis demain j’étais maintenant.

J’ai tout autant de créances que je devrais avoir de croyances

 

J’ai regardé le bord de mon corps : de très très près, là

Où les molécules se frôlent en vraies galaxies :

les atomes ne dessinaient aucune frontière.

Seules dansaient des amas de quasi-particules, toutes de même facture.

L’orgue des choses va jouer la musique de mes sphères,

— bosons, neutrons, électrons, photons, protons, marchons, marchons —

Puis réglera ma dette aux échanges atomiques :

Car mon coeur danse déjà debout sur mes tripes

 

J’ai voulu toucher le bout de mon monde,

J’ai bien des limites, mais je ne trouve pas ma frontière.

Je ne suis qu’un résumé des autres choses, mises autrement, pour un temps par ici.

Une combinaison possible de particules à jamais séparables.

Et à ce jour, consanguin de toute chose.

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rédigé par le babel
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Cathy Dubois 04/09/2016 15:44

Je suis abasourdie de poésie...

l e b A b e l 04/09/2016 16:45

Alors, c'est que ça "fonctionne". Merci.

dreux patrick 14/07/2016 11:29

je t'ai lu comme on marche à travers la ville des questions puis en s'éloignant par la passerelle du corps pour rejoindre un acquiescement à ta parole poétique....

l e b A b e l 14/07/2016 12:15

Lire comme on marche, j'aime bien cette idée. Merci.

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