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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 06:09
Chandeleur chandelouze 2016

Le 2 février 1975, de neuf coups de lames, un homme a poignardé l’épouse de Julos Beaucarne : Loulou, le laissant veuf avec deux petits garçons. Il est sorti de sa première nuit de veuvage, avec cette lettre, pour que le monde soit « veuf ou neuf ».

Et moi, quarante ans après…

 

Moi 

Je vais où

Mes pas s’en vont. 

Quand ils vont

Si on y va, ça ira

Si ça me va.

Si ça me vient,

Si ça me veut

Ça se pourrait bien.

 

Puisque le gîte est offert avec la galère.

Alors, chaloupons, c’est notre affaire.

Avec un peu de haut les cœurs en sus.

Et du haut-le-cœur quand le cœur est bas.

Comme une mer ourlée d’un bleu blues

Roulant des hanches, catin en jeans.

Les arbres eux-mêmes semblent indifférents

À la douleur comme à la joie, à leur saison

Ils n’en font jamais qu’à leur saison

Comme des automates biologiques

Je transpire malgré moi un futur possible

Mon ventre me brûle de riposte probable

Comme un crachin de bile en bord de jetée

Y’a du gîte jusque dans mes découverts

Et plus une seule terre en découverte

Pas de petite plage où dormir, s’arrêter

Une à une, la peine lance ses lames 

On a tranché dans le vif de mon sujet

Pour ne laisser qu’un peu de mes rares

Illusions encore en état d’enivrer :

Et l’on nous voudrait souriants déjà

Puisqu’on est encore vivants

Alors qu’on a mal jusqu’au fond des os

Je relis ta lettre, Julos…

 

« Il n’est de vrai que l’amitié et l’amour.

Je suis maintenant très loin

Au fond du panier des tristesses (…)

… vous dire ce à quoi je pense

Aujourd’hui. Je pense

de toutes mes forces

Qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »

 

Alors,

Moi

Je vais, oui

Où ces pas aiment

M’amener

Pour que ça m’aille

Si ça me va, comme ci

Si ça me vient, comme ça

Si ça me veut, tel quel

Si ça se peut comme ça

 

Je me tisse une aile que gonflera la lune

Je hisserai la grand-voile boréale, et vogue.

Je vais où mes pas savent marcher sur l’eau

Mélanger les dunes avec les vagues,

Laisser le vent choisir le sens de la vie

Quand le gîte est offert avec la galère

Il faut tanguer sur le rythme cardiaque

Il me suffira d’avoir encore avec qui

Mordre dans la même miche de pain

Et sous le coup de grain, ça ira bien

Là que m’importe les lampions menteurs

En écho des lampes le long des brise-lames

Alignée sur les ponts d’embarquement

En collier autour de cette mer sans pudeur

Où les sabordeurs ont coulé mes rêves

Avec la complicité bleue de ce désert de houle

Où tanguent les nefs des fous et les destroyers.

Puisque le corps tient le coup

Puisque les oiseaux crient : « debout ! »

Alors que les lames de la vie percent nos os

Comment as-tu fait, Julos

 Quand, tu as dit :

 

« Je resterai sur le pont,

 je resterai un jardinier,

 je cultiverai mes plantes de langage »

 

 

Et, bien vrai, j’y ai découvert ta bien-aimée.

Alors je sais où ce genre de pas à la folie

me mènera, m’emportera, me posera

Si ça me vient.

Si ça me veut

Si ça se peut

Si je le veux

Si le le vois

Si je le touche

À peine du bout du doigt

Malgré la folie ordinaire et ses dents

Malgré les cicatrices toutes prêtes à se rouvrir

Il faut souquer, naviguer sur le fil du rasoir

Bateau de papier sur tranchant de l’acier

Sur la mer et son tapis en algues d’angoisses

Qui enroule son écharpe dans le moteur

Jusqu’à nous faire continuer à pied

Sur l’entre deux eaux, comme migrant

En espérance d’un lambeau d’asile

On peut marcher sur l’eau délavant

Nos façades et nos apparences sauves

S’y tenir beaux et clairs, à grand souffle

D’amour et d’amitiés, puis d’amitiés et d’amour

On peut y aller, vraiment, ça ira, c’est comme ça

C’est par là, c’est tel quel qu’on va s’en sortir

 

Parce que de toute façon,

Amour et amitié

C’est le seul chemin

Méprisé par les couteaux.

Caché aux porteurs de lames

Alors, ça ira, et en tout cas

Moi je vais : j’irai bien, je serai bien par là…

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rédigé par le babel
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commentaires

François Laur 01/02/2016 10:17

Mon cher Joseph, je ne peux que partager. Alors, je partage.

l e b A b e l 01/02/2016 11:47

Cher François, Julos va avoir 80 ans et il est bien fatigué par les ans. Alors, relayer sa Lettre, comme le fit en son temps Nougaro, c'est le moins que je lui dois…

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