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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 22:42

Et maintenant, on va chercher au fond du tiroir, dans le vieux bureau, la règle en bois, carrée, de l’oncle comment déjà ? Bref, la vieille règle.

Il faudra aussi des crayons de couleur. À la papeterie. Un bleu, un rouge et ce fuchsia si étonnant, — oh dis, tu as vu ? Ils en font à plusieurs couleurs !

Et puis, calmement ranger le tout sur la table du salon. Tirer les rideaux. Éteindre. Demain il faudra affronter ces bêtes-là.

Au réveil, au calme, dans le frais frisson d’ambre de l’automne, quand la poussière danse dans un rayon de lumière à travers la porte-fenêtre comme plus d’une centaine d’anges en marche vers la paix, on cherchera dans nos tripes le livre des jours.

Au bas de cette page sanglante, on écrira avec le stylo des grands jours — une plume calligraphe coupée taille 1 pour moi…? merci, j’ai la mienne — : « fin des jours de sang ».

Et en choisissant les couleurs, un trait bleu, un vide, un rouge pour lui, un trait noir de deuil pour l’autre, un trait rageur ou un trait hésitant, mais on tracera un trait; on cherchera ce levier comme le coupe-papier poussiéreux de la Grand-Mère, qu’on n’a jamais connue.

Et avec le poids du plomb, la poix du sang, la mélasse des larmes, on fermera la porte aux questions sans fin.

Il est un temps où le morbide devient un poison.

Sur la nouvelle page, nous écrirons en gros, avec de belles lettres : « les jours suivants ».

Et nous décrirons les arbres, les feuilles, le bruit des moteurs dans la rue et les cris des enfants, le pépiement des moineaux, les odeurs de repas chaud dans l’escalier de l’immeuble, et la vie qui crève l’écran.

Nous chercherons où sera donné le prochain concert des Eagles of Death Metal.

Et la mort aura perdu et sa mise, et sa main et la donne.

Parce que « Show must go on »

Et que c’est debout, scarifiés, et pourtant continuant nos vies que nous répondrons au mieux à la demande urgente du temps qui veut passer. Mais pas sans nous, déjà qu’il le doit sans eux.

Il est temps de continuer l’histoire, et, même si cela semble terrible, pour cela, nous devons finir une page et en ouvrir une autre, nous, même sans eux.

Alors notre simple vie, cicatrisant dans le banal, sera la défaite des amoureux de la mort. Ils n'y seront pas : ils s'en sont exclus eux-mêmes. Ils vont disparaître de nos écrans avant de disparaître de l'Histoire, non dans le hurlement des bombes qu'ils aiment tant, mais dans l'indifférence qu'ils redoutent encore plus.

 

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rédigé par le babel
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commentaires

François Laur 17/11/2015 18:42

Oh oui !

l e b A b e l 17/11/2015 20:48

oui, il est temps…

emmanuelle grangé 17/11/2015 18:19

mais, entends, là, à relire ton texte à haute voix, la gorge se noue et les larmes débordent

l e b A b e l 17/11/2015 18:27

à me relire de même…alors ?

anatole2011.over-blog.com 17/11/2015 17:10

Merci de ce texte, très lumineux, parce que trouvant les éclats vivants au fond de la nuit poisseuse et par le futur qui le traverse et le meut

l e b A b e l 17/11/2015 18:28

L'amour dit-on est plus fort que la mort. L'amour. Des choses, d'un humain, de la vie. L'amour blanc comme un shrapnel venu du futur.

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