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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 06:54
On a nous tellement dit ce que l’automne doit être,
Violons sanglots et crachins, qu’il faut le retrouver
Sous les tas de feuilles mortes cousues en carnets
Sur les encres tirées tendues des fils électriques
Portées où ne se posent que deux ou trois corbeaux :
Pas assez de notes, de passereaux pour une symphonie.
Car c’est ainsi que dans nos yeux, l’automne est peint
Prêt à l’emploi, cousant sur nos rétines, les mêmes rengaines.
 
Il a pourtant des cuirs tannés, des chemins de poussières
Et comme un contrechamp aux flamboyants en fleurs
Il a des bouffées de chaleur et un rythme lourd
Frappé sur des fûts clairs, quand l’automne est balafon
Habillé avec des fripes colorées d’Afrique, et des lames
De lumières comme des sagaies brandies hautes et claires
Mais ce n’est pas ainsi qu’à nos yeux l’automne se dit
Ainsi il prend une fadeur de Vénus étouffant dans sa gaine.
 
Voici les premières boules, entends crever leur zeste
Écoute leur croûte safranée à la perce, à se vouloir esquif
Chantant sous les coups du vent et des courants, craquements
Avant le crépitement des broussailles en braises froides
Clémentines, potimarrons, et soleil d’après-midi
Les ombres prennent des reflets de cannelle et de cacao
Mais il ne faut pas sous nos yeux d’automne si peu gris
C’est dit, en automne la lumière ne baisse pas, elle saigne. 
 
Le temps est immobile, un tapis dont nous traversons 
Sagement les motifs, répétant leurs noms pour garder l’illusion
Que c’est bien le temps qui passe, et avec lui, les saisons.
Il est si délicat de s’avouer en marche vers la frange 
Et pourtant le temps ne passe pas, c’est nous qui passons
Et répétons pour calmer les frayeurs de franchir sa longueur
Les mêmes ritournelles, les légumes et cantilènes de saison
Il faut tant et tant que l’automne pleure, s’attriste et peine
Que nous n’avons plus de place pour le laisser en faire à sa tête.
 
Tant pis pour les jours moqueurs où le soleil pose du miel
Sur les visages graves des employés soucieux de rentrer
Tant pis pour les saveurs d’herbe infusée dans la sueur
Sur les terres proposées comme autant de pains auburn
Perruques à croquer sur le crâne chauve d’un gros rocher
Il est temps d’être sages, et de dire ce que l’automne doit être
Un rivet rouillant posé entre les éclats paresseux de l’été et Noël.
 
Qui serait assez fou pour parler d’un automne empourpré de joies ?

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rédigé par le babel
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emmanuelle grangé 26/10/2015 11:32

"Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous", je me rappellerai la lumière saigne

l e b A b e l 26/10/2015 18:38

Je crois bien que celui-ci est un "à dire". Je l'ai relu et il s'entend mieux qu'il ne se lit. Merci pour tes passages fidèles : oui, la lumière saigne souvent, à la fin de son combat, quand la nuit va la laisser allongée pour le quart sur le sol…

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