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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 10:46

Les vignes de chez nous, dès novembre,

Sont comme les épouses qui avaient goûté au soldat teuton :

Tondues, et le téton honteux.

Il a tant plu sur elles

Plu des rages haineuses pour que l’attention ne les quitte pas

Tandis qu’un enrôlé sans choix avait déserté leur cœur

Sans plus de chance d’aller ni de rester

Pour du bel ouvrage, ce fut du bel ouvrage

L’ivresse érigée dans l’écume des larmes

Plus solide que le béton des bunkers

Pointille l’ourlet du corsage de la nation

 

Ce sera, plus tard, toujours le sale travail des autres,

Faire oublier que les tondeuses et les tondues vivaient ensemble,

Faire oublier et oublier en hurlant avec les loups,

En construisant l’enclos des loups, en dressant les loups

Jusqu’à ce jour où les loups se lassent du menu

Il faut changer de proie, changer de pluie

Changer pour qu’un autre gel

Cuise une autre peau

Pas d’autre choix si ce n’est de rester

Pour du bel ouvrage, ce sera du bel ouvrage

L’innocence érigée dans l’oubli des larmes

Plus solide que le béton des bunkers

Où l’un dégrafe en secret les corsages d’une autre.

 

Ensuite on oubliera la pluie des vendanges,

Comme on a oublié le nom des tondues.

Comme on avait oublié le nom des planqués

Comme on avait oublié le prénom des ennemis

Un autre matin, on inventera des vendanges tardives,

On inventera les vins de glace, des lustres de cristal

On sera passé à autre chose, au salon, pour la pose officielle

Devant ces monuments aux morts au parterre tondu

Dont les noms ne diront plus rien à personne

Alors on les dira en sentinelle, en veilleuse

En cas de retour du mauvais temps,

Du printemps des mitrailleuses et des tondeuses

 

Pourtant, partout, ça commémore, ça médaille

Les pages restent collées au doigt, les soleils aux vestons

Il faudrait tourner la page. Certaines sont de plomb.

D’autres sont de marbre, d’autres de calculs sur la comète

C’est lourd le plomb. Ça pèse le marbre. Ça écrase les scrupules.

Ça vous mange par les grolles. Vous donne une tête de personne :

La boue des tranchées nous aime donc encore ?

L’avenir n’a rien de personnel. C’est une hypothèse de travail

Une fois le présent dégagé, tondu comme un amour du mauvais côté.

 

Au prochain printemps, nos vignes seront coiffées

Comme des jeunes mariées avec leurs fleurs blanches

Sur leurs cheveux à peine repoussés.

Nuit après jour,

Notre monde avance sa tranchée dans le vif des sujets :

N’y voyons rien de personnel.

Nous ne faisons que table rase et tondue du passé.

 

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rédigé par le babel
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emmanuelle grangé 11/11/2014 12:10

quand il y a chahut, criardises alentour, il faut le murmure, ainsi j'ai en tête et en voix tes vignes

l e b A b e l 11/11/2014 12:25

Et pourquoi ne pas aimer celui qui porte le même prénom que grand-père, et qui comme lui ne pouvait qu'y aller ?

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