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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 10:26

Tous les continents cachés de plus en plus sous la laine ont été déflorés par l’été. 

Que reste-t-il d’inédit ? 

Chaque cheveu de Vénus a été compté, filé, chanté.

Puis copié et revendu en séries limitées.

Pour toute rentrée, la mise à jour n’est que le reflet d’une redite.

Même le silence a été récupéré, et à nouveau, déchanté. 

Rentrée, saison des marronniers, des bornes, des repères inamovibles sur les artères de l’âme, alphabet de marbre en médailles rivetées sur les poitrines même gonflées de sèves.

Dans ce concert bégayé, dans un éternel retour des questions de plus en plus persillées de peurs sagement encagées comme les tigres du cirque sur leurs tabourets — peur que les bombes lointaines se rapprochent, peur que le Roi de France soit dévoré par ses bouffons, peur du silence soudain dans la salle des machines, peur que le ciel nous tombe sur la tête une fois perdue la maison, peurs des peurs des autres —, il faut nous rasseoir au pupitre, reprendre la place qui nous est assignée : rester comme ad aeternam, damnés pour de bon, sous perfusion, au goutte à goutte, au mot à mot, recevant verbatim dans l’épiderme et le cuir, les citations, les mots d’ordre de la rentrée.

Car tout a été dit : la répétition est devenue un pop-art, ou un hommage.

Depuis Homère, que dire de nouveau : la guerre de Troie aura bien lieu, à Gaza, au repas de famille ou bien à Mossoul : qu’importe le champ quand on a la lice ?

Les feuilles peuvent tomber des arbres, rien de nouveau à griffonner sur leur verso.

Et si je me parlais ? 

À voix basse, au moins au début.

Pour répéter sans que ça se sache, sans que je radote ?

Depuis des temps et des temps, je dérive à la fantaisie des naufrages qui chaque jour étalent leurs fuels sur les plages des journaux, au gré des redites annuelles, bercé par le reflux où dansent nos déchets, l’inventaire de nos bibliothèques bègues aux vélins si délavés que, bientôt, à nouveau vierges, champs de neige, ils pourront être réécrits quasi à l’identique : il suffit d’attendre le temps des journées blanches.

On y écrira les mêmes sornettes, mais avec des mots à la nouvelle mode traditionnelle, cannelle et houx, entre sang et larmes.

Puisque tout a été cent mille fois dit, que nos histoires sont des variations nourries d’amnésie.

Tous ces mots que je n’ai ni pu, ni su, ni voulu dire ces mois passés et qui maintenant se veulent fleurir, en morte-saison.

Toutes mes récoltes, mes vendanges seront sans surprise : mon vin est annoncé.

Ambre et gingembre, drôle de jaune, drôle de goût : dans le miellat ombreux de septembre, les fruits sont mûrs à en crever de pluies, et c’est comme ça chaque année.

C’est la rentrée.

Et tout a déjà été dit.

Certes.

 

Mais les rengaines des marronniers ne peuvent plus m’atteindre :

Je ne savais pas que j’étais sorti, et j’ignore donc de quoi je suis sorti. 

Personne ne m’en avait parlé, ou alors, je n’ai pas entendu, ou alors à force de les entendre, ces mêmes rossignols, je les ai oubliés. 

Non, je ne suis pas sorti de mes jardins de mots et de vrais silences depuis longtemps, alors :

Comment voulez-vous que je rentre ?

 

C’est la rentrée, tout a été dit, et je dois sortir pour parler de ce qui se cache entre les choses et entre les mots, de ces branches entre les feuilles que l'équinoxe exhibe.

Tout a déjà été dit ? 

Aujourd’hui, je décrète la semaine des quatre je dis,

l’entre-dit l’entre-dit des choses,

entre dit de vous à moi,

entre nous soit enfin dit.

 

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rédigé par le babel
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