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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 16:14

(ULTIMA NECAT)

 

 

Ce n’est pas vraiment une douleur

De tirer les heures pour éviter qu’elles

Ne partent d’elles-même, en nous plaquant

Comme le huitième d’un demi de mêlée.

Et pourtant !

 

On a tout fait au parc de ce qui était prévu

On a même tenté l’improbable, mais en douce

On a mis des souliers vernis aux pieds des bancs

On a mis des froufrous de dentelles aux balancelles

On a jeté quelques soucis fauves et profonds

Dans le regard de visite, seul près du réservoir

Pour lui donner un peu du charme envoûtant

De ces jardiniers exilés d'une guerre lointaine

 

Et même !

On a attrapé la pluie avant d’attraper nos jambes

À nos cous, et on a jeté autour d’elle le bassin 

Avec des anges si tristes que les cygnes les pleurent

Dans la régate nouvelle-née, on a jeté des Monet

Pour ce que ça nous porte chance, qu’on ait des vœux,

Qu’on ait des impressions de nénuphars antibrouillards,

Au soleil couchant, parce que c’est à ce moment-là

Que les secrétaires rentrent du travail et ont du temps.

 

On a aussi

Conspué les traîtres en cœur autour du bac à sable

Porté en triomphe les héros dont les médailles brillaient

Dans les yeux des envieux plus que dans les poches

On a jeté des pierres aux arbres pour qu’ils se taisent

Et menacé les témoins de ne plus revenir au parc

On a tout fait de ce qui était à faire, appris et répété

De ce qu’il faut faire pour être un homme de bien,

Pour être digne de traîner sa peau au jardin public.

 

Et pourtant,

Un jour d’été, dans l’indifférence complète des jardins,

On est mort. Un par un, seul ou par petits groupes. Morts.

Perfide, le terrain de jeu s’en est battu l’oeil si fort 

Qu’il en est devenu rouge, si rouge que les suivants ont dit

« Il faut rentrer, c’est déjà le soir ». 

 

Ils avaient tiré leurs heures en douce eux-aussi,

Sans savoir que les heures leur tiraient dessus

Sans sommation ni raison, juste par principe.

 

 

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rédigé par le babel
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commentaires

Jean-Marc 21/08/2014 01:22

tout serait donc dans la manière, et la manière, ici, je la trouve inspirante

l e b A b e l 21/08/2014 21:23

Les habitudes d’un jour, on passe la matinée à les dégotter, l’après-midi à les essaye, et la soirée à affirmer qu’entre elles et nous, c’est une histoire très ancienne. Le vin efface les preuves de la tartarinade, et laisse au réveil un goût de fer en bouche, tandis qu’un majordome inconnu a posé sur le valet de pied les nouvelles vieilles habitudes du jour.

emmanuelle grangé 17/08/2014 15:39

et les bancs qu'on a rapetissés pour qu'on ne s'y allonge plus

l e b A b e l 17/08/2014 18:30

D'où la nécessité d'avoir des clochards célestes, des Jack vautrés sur des cumulus de Kerouac.

dreux patrick 16/08/2014 21:03

on est mort c'est sûr.... reste à savoir ce qu'il y a à vivre...

l e b A b e l 16/08/2014 21:25

eh bien, la mort ?

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