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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 10:48

À chacun ses Riches Heures, Monsieur le Duc de Berry.

Les vôtres ont le bleu velouté des brocards de haute cour,

Mais les miennes ont de simples cieux aux seins lourds :

Grumeaux de poussière dans l’œil des anges.

Les vôtres de Riches Heures vont de mois en mois,

Les miennes vont d’eux par d’eux à moi, changement à nous,

Quel luxe ! À chacun ses Riches Heures, Monsieur le Duc de Berry.

Qui de nous ou de la vie allumera les suivantes ?

 

Je vous laisse les vôtres,

Un goût de sel dans le vent m’appelle.

Un oiseau blanc picore son dîner dans le cuir brillant d’un toro

De ça, de là, seuls les champs de riz sont en verts,

Parmi les cannisses jaunies, la poussière et le sable

Tandis que montent les ocres clairs des façades et du soir.

Quelle lenteur !

À chacun ses Riches Heures, Monsieur le Duc de Berry.

Qui de nous ou de la vie illuminera les suivantes ?

 

 

Vous auriez dû être des nôtres, près de la forêt brumante :

Des pages et des pages de feuillages gras et lourds de soleil et d’eau.

Sous les cantiques murmurés par des cohortes de nonnettes

En chitine, zonzonnant, bourdonnant, priant des élytres,

Une Notre-Dame de par ici, oubliée dans les fougères.

Les sapins en bordure du chemin raviné par les roues énormes

S’allongent, un grand prêtre mécanique les asperge.

Le temps au cadran solaire sur la terrasse est accoudé.

Il inonde tout à l’entour de sa mousse blonde, en robe fine.

Quelle douceur ! À chacun ses Riches Heures, Monsieur le Duc de Berry.

Qui de nous ou de la vie éclairera les suivantes ?

 

À l’aube sur la jetée, les lignes, une à une ramenée,

Dans les reflets cidreux des bruines le plastique du fretin :

Avez-vous sur la crêpe dentelée de la côte là où finissent les terres

Un deuil de lumières qui s’allument et s’éteignent, girandoles ?

Au départ ou à marée basse, tout attendent la pêche de retour.

Le vent s’engouffre dans la fatigue, les paupières, les écailles,

Les casiers fourbus croisent les baguenaudiers.

Un tel aligne, comme le bûcheron ses fûts, sur la plage ses cageots.

La radio débite des nœuds, les coefficients de vagues soupirs.

Une odeur de cuir monte des pulls roulés sur les moleskines,

Les lampadaires sont éteints sur la jetée : l’aube est aux chiens,

La mer est une vieille femme aux tempes blanchissant dans l’aurore :

Quelle fraîcheur !

À chacun ses Riches Heures, Monsieur le Duc de Berry.

Qui de nous ou de la vie colorera les suivants ?

 

Vous avez de Riches Heures, Monsieur le Duc de Berry,

Mais vous êtes mort,

Et nous,

Pauvres de nous comme nos heures,

Nous sommes en vie.

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rédigé par le babel
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commentaires

Anne, Marie 18/05/2015 19:41

Comme l'envie me prit d'envoyer mon nouveau-né de papier sur votre blog Babel et comme l'ordinateur ce grand inconnu me fit des farces empêchant la délivrance en photo...oui, je ne sais comment m'y prendre pour vous présenter...."La chrysalide d'automne" déclarée entre 9 et 10 heures ce 11 de mai. Maintenant l'enfant de papier repose avec son double...dans des mains...de Loi...la Bibliothèque Royale de Belgique. Merci encore pour vos vœux. Anne, Marie

l e b A b e l 19/05/2015 20:06

Il n'est rien de plus capricieux que l'informatique

Anne, Marie 01/04/2015 13:47

Cher Babel, Beethoven n'est pas ma tasse de thé, par contre j'adore lire Milan et écouter Léo et Julos, bien-sûr et plus encore...les nocturnes de Chopin.
A vous, la pluie dansant avec les grêlons. Anne, Marie

Anne, Marie 31/03/2015 18:39

Les heures tournent à horloge de la vie et le printemps fait parfois de très belles éclaircies. Quelle belle dentelle de mots chez-vous Babel, moi qui m'y frotte depuis temps et que l'audace me prend de mettre en lumière mes écrits. La peur au ventre, les tripes tremblotantes, je vais frotter mon premier roman à plus cultivé que ma fleur bleue. A vous, un soleil de jonquille oscillant dans la froidure du vent. Anne, Marie

Anne, Marie 31/03/2015 23:02

La pluie a frappé des gouttes d'amour sur la terre quand vos vœux sont arrivés.
Merci Babel. Anne, Marie

l e b A b e l 31/03/2015 20:09

Muss es sein ? Es muss sein ! Alors tous mes voeux…

emmanuelle grangé 11/05/2014 12:49

comme elles se voient, s'entendent, se murmurent (en deuxième ou troisième lecture, je te lis à haute voix), ces tes Heures

l e b A b e l 11/05/2014 15:46

Merci, comme de comme bien entendu !

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