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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 10:24

Chez nous, les vignes, dès novembre,

Sont comme les épouses qui avaient goûté au soldat teuton :

Tondues, et le téton honteux.

Il a plu sur elles

Des rages haineuses tant que l’attention ne se portait que sur elles

Pour du bel ouvrage, ce fut du bel ouvrage

Ce sera, après, toujours le travail des autres,

Faire oublier que les tondeuses et les tondues vivaient ensemble,

Faire oublier et oublier en hurlant avec les loups…

Et puis un jour les loups se lassent du menu

Il faut changer de proie,

Changer de pluie

Changer pour qu’un autre gel

Cuise une autre peau

Et puis on oubliera la pluie et les vendangeurs,

Comme on a oublié le nom des tondues.

Un autre matin, on inventera les vendanges tardives,

On inventera les vins de glace

On sera passé à autre chose.

Les monuments aux morts ne sonneront plus la vendetta

Leurs noms ne diront plus rien à personne

Alors on les dira en sentinelle,

En cas de retour du mauvais temps

 

Pourtant, partout, ça commémore.

Les pages restent collées au doigt.

Il faudrait tourner la page.

Certaines sont de plomb.

D’autres de marbre

C’est lourd le plomb.

Ça pèse le marbre.

Ça vous mange par les grolles,

Vous donne une tête de personne :

La boue des tranchées nous aime donc encore ?

Mais l’avenir n’a rien de personnel.

C’est une hypothèse de travail.

 

(Sous les dizaines de milliers de cadavres du Colisée, les minijupes flottent au vent et prennent la pose sans souci du qu’en dirait-on si le sang puait encore. Aux soleils des rétroviseurs des Vespas, s’ajoutent les flashs des appareils photo, le soleil n’en est pas jaloux.)

 

Au prochain printemps, nos vignes seront coiffées

Comme des jeunes mariées avec leurs fleurs blanches

Sur leurs cheveux à peine repoussés.

Nuit après jour, le monde avance : n’y voyons rien de personnel.

 

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rédigé par le babel
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François Laur 29/12/2015 19:07

Magnifique de justesse !

l e b A b e l 02/01/2016 01:02

Merci. Je sais que certains n'auront pas aimé cette saillie hors des pistes convenues.

emmanuelle grangé 01/11/2013 12:25

dès qu'il n'y a plus volonté poétique, tu parles large. je me répète : ta sensualité est révélée par le lecteur, les yeux de l'acteur sont troués par les mots à dire, alors les larmes arrivent, et l'élégie

l e b A b e l 01/11/2013 12:32

Oui, je parle large, et rate l'horaire du train, mais qui les entendues, parmi les cohortes des anges, ces femmes en pleurs ?

Soleildebrousse 31/10/2013 18:32

Tu es en forme.. de vieux textes de vieux tiroirs ou bien ?

l e b A b e l 31/10/2013 18:40

Un mélange : certains textes 100 % inédits. D'autres trames exhumées de la boîte à brouillons, des foudres pour vinifier plus tard. Tu sais comment je travaille, par à coups de jaillissements notés, puis de longs 'silences' à usiner.

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