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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 12:15

Dans les branchages blancs, là où perlent des sourires,

Où besognent les hommes chenus dans les buissons enneigés,

J’ai aperçu un enfant. Il est déjà grand,

Il escalade fièrement les troncs glissants.

Je l’ai appelé et lui ai montré trois trésors.

Les trois, que je n’attendais plus.

Pour qu’à son tour, il les attende encore.

 

Le premier est arrivé un autre hier,

Un oiseau bleu du Nil et du bord de mer.

Je l’ai retrouvé à demi gelé sur le bord de ma fenêtre.

C’est dans un gilet de laine que je l’ai réchauffé,

Qu’il s’est réveillé,

Qu’il chuchotait quelques formules coptes

Il semblait s’excuser.

Par acquit de conscience, je suis sorti vérifier.

 

Un autre oiseau, mais un jaune,

Tout aussi exotique,

Grelottait sur le perron.

À la poussière de ses ailes,

J’ai reconnu l’oiseau de Bam.

Je ne sais s’il avait peur ou s’il avait froid.

Il tremblait.

 

Le troisième, l’oiseau vert,

Est arrivé plus tard,

Dans l’allée verglacée.

Il venait de Damas, ou de Karbala,

À moins que ce ne soit de Bagdad,

Lui-même ne sait plus.

Il hésitait à chanter.

 

Les trois dans le gilet se sont échangés

Ces nouvelles étranges des oiseaux de paradis sans paradis.

Le temps tournait.

Ils m’ont pardonné, quand je les ai mis en cage.

Ni en cage dorée ni en cage d’oiseleur ! Oh non ! 

J’avais un fruit rouge, un fruit chaud dans ma cage thoracique.

C’est là que je les ai mis,

Et j’ai jeté sur mes épaules

Cette couverture que vous voyez.

Ils me picorent le cœur, c’est bien naturel, savez-vous…

 

Alors l’enfant a avancé ses mains et caressé les oiseaux.

Il s’est nourri de leur douceur et eux ont bu à sa jeunesse.

Le fruit rouge de leur cage s’est raffermi, comme une fève,

Quand de leurs becs, ils ont frappé le gong de la fin du jour.

La nuit est ensuite tombée par morceaux,

Au grand dam des bombes.

 

Je reste debout, thorax entr’ouvert sur

Les pépiements des oiseaux de paradis

Rythmant mon élan cardiaque,

Entre l’énième et la dernière heure :

Entre les choses, au gré des saisons

La vie a ses maisons, que la déraison ne connaît pas

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rédigé par le babel
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commentaires

Soleildebrousse 31/10/2013 18:31

Tu sais que ça te va bien cette écriture ? C'est comme si tu t'étais remplumé...

l e b A b e l 31/10/2013 18:35

Merci, tu sais combien ce peut complexe d'être simple. je suis heureux de te savoir landibardinant ici.

emmanuelle grangé 30/10/2013 11:31

j'entendais le physalis

l e b A b e l 30/10/2013 11:50

physalis… même Wikipédia sait ses autres noms : Amour en cage, Lanterne japonaise ou Lanterne chinoise. Quand les cages sont des lanternes, c'est qu'on y enferme la lumière.

emmanuelle grangé 30/10/2013 10:01

cela me dit, cela s'entend frémissant, cet amour en cage, ta sensualité-là

l e b A b e l 30/10/2013 10:39

Il y a cage et cage, mais je maintiens qu'il ne fallait pas mettre en cage des femmes coupables d'avoir aimé des soldats qui n'étaient que des hommes, et qui fermaient les yeux quand ils voyaient les poches des manteaux gonflées de pommes de terre. Pourtant, cet autre poème a dû choquer : il n'a pas plu.

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