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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 01:13

Je connais vos arguments, mais je sais aussi, je sais que

 

Il s’avance l’enterrement de nos vies de jeunes garçons

Elles s’avancent les funérailles de nos carrières de garces

Tout autour de nos nuques grasses, tous nous traçons

Les pointillés à découper, pour sortir de cette farce

Vers la tragédie, fini le clown, voici le grand rôle, enfin.

Notre envie de gloire est tombée, quasi morte de faim.

Elle a été balayée cent fois, mais survit toujours dans un coin 

 

Sonnailles de bijoux en maillechort, voici les faux sanglots

Sous les vestons de deuil des gens pauvres, mais dignes 

Cherchant entre deux larmes ce qui peut faire un magot

Cherchant quel notable a pu les voir, leur faire signe.

Tous ces vacarmes où les souvenirs d’enfance sont jetés

Au visage de celui qui ose hériter plus que d’autres

Toutes ces fidélités du sang, du nom, sont arrêtées

Ne vont pas plus loin que ce qui doit être « nôtre ».

 

Il s’avance l’automne en colère, il aura un cœur de pierre

On engraisse le porc dans l’étable où il versera son sang

À ce moment-là, le cœur se tait, les dents font les fières 

Car déjà dans leur loden, quelques-uns guettent l’instant

Où prendre la tête des cortèges, dans leur plexus-glacière

Figée, la braise de l’idéal attend de brûler pour les gagnants

Elle sortira au printemps, fleurs en rosette et manchettes

Pour que gazon, le manoir prennent un air de nonnette.

 

La gomina de la colère devrait rendre un peu plus présentable 

Un peu plus fidèles à leur standing ces pousse-mégots

Qui vous diront que le destin, ce jour, leur a fait un signe.

Nieront de n’avoir arraché qu’une position où gratter

Miette après miette de quoi la rendre des plus rentables

Tous nos embarras y finiront en trophée, encadrés

Par des tyrans de poche aux gueules de bons apôtres

 

Alors, s’il vous plaît, allez planter vos drapeaux ailleurs.

production de le babel
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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 09:46

Si tu venais marcher tranquille en mon âme,

Pas en mon cœur, abat de choix, fibreux

Ni en mon cerveau, si mou si fier si faible

Ni dans mon foie ni dans mes tripes, non

Mon âme est plus forte que ma carcasse

Elle l’enveloppe, l’utérine, le porte à être mien

Mon âme est cela qui se dessine autour de moi

Et qui fait de tel atome un bout de mon corps

Alors

Si tu marchais dans mon âme, devine

Combien de déserts aux oasis forestières

Tu trouveras, quand tu me cherches hors de moi.

 

Je suis quand en extase j’existe au-delà de ma peau

C’est là que tu peux me toucher au plus profond

À en faire gémir les sonnailles de mon ADN,

Viens faire un tour au creux de mon âme

Effleure la surface de ma présence en creux

Viens toucher l’odeur que le rouge y prend

Mais ne rêve pas à tout visiter, car elle n’est

Que rien

Et tu marcheras dans mon sillage sur le rien

Sur les alizés et les nuages sans aucun ciel

Tu verras, je suis une bulle crevant la surface du néant

 

Si tu venais tranquille marcher dans mon âme

Tes pas se tatoueraient à l’envers de mon intime

J’aurais ta signature à chaque coin de mes ruelles

Mon sang laisserait une trace de toi dans l’absence

Entends les goûts de mes venelles closes à tous

Mon centre-ville est rempli d’assassins désarmés

Par le temps, parce que le travail a été fait

Partout il y a des scènes de crimes interdites

Mes vies

D’enfant, d’homme ainsi, d’heures comme celle-ci

Y ont été exécutées, ou sacrifiées par le cours des jours

 

Si tu venais tranquille marcher dans mon âme

Jeter du pain rassis aux dragons de mes marais

Regarder suer dans la cale sur leurs machines

Toutes mes raisons d’avancer d’un jour de plus

Mes cornacs te montreraient mes monstres danser

Tu serais assourdi par les ombres de mes forges

D’où sortent les armures que je porte à ta rencontre

Tu verrais tout autour de moi, les palpes de ma voix

Alors

Tu en saurais plus que j’en sais sur moi, tu aurais vu

Ce que je ne peux voir sans mourir loin de moi :

Aussi comprendras-tu que je préfère la distance

Pour que l’amour et l’amitié aient une chance

Entre toi et moi.  

production de le babel
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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 15:08
Accusé-Réception du Noir

Un drapeau sur fond de nuit,

comme un Soulages naturel,

s’agite au désir du hasard.

 

Une ligne de khôl que je suis

où la sueur perle du sel,

tapisse le nid d’un regard.

 

Ni par puissance ni par force

 

Un corps en ombres chinoises,

Vénus dans le cercle de Phœbé,

passe du charbon à la suie

 

Sous la pluie les toits d’ardoises,

recouverts de nuages plombés

écaillent la peau de l’ennui

 

Ni par puissance ni par force

 

L’ébène même est colorée,

par les traces dans la cire,

ombres des baisers qu’on essuie.

 

Blason du soir à redorer

cherche étoiles et planètes

désespérément écrire

qui transmettra.

 

production de le babel
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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 09:45

Après le défilé de mon poignet, de ma main, de mes doigts,

J’ai regardé le bord de mon corps :

En été, c’est plus facile de le voir

Là où je finis dans un bouillon d’atomes

d’où commence l’inconnu qui n’est pas moi.

Ma peau n’a rien d’une clôture mitoyenne.

Nul bail ni emphytéotique ni banal

Ne me cède une place en ce corps

Ma vie parmi nous n’est pas contractuelle

Ce corps qui devrait choisir entre se placer sur un rang

Ou se déclarer dans ceux listés comme hors les rangs

Ce tas de molécules fait de moi un animal politique

 

Bilan ?

Je ne serai pas démocrate : le bonheur des uns fait le malheur des autres

Je ne serai pas républicain : le bien commun n’est pour personne

Je ne serai pas anarchiste : la loi du plus fort finit par triompher

Je ne serai pas monarchiste : les symboles ne sont pas immuables

Je ne serai pas totalitaire quand la totalité souffre un par un

 

Le débat ?

Il faut nommer qui a tort et qui a raison ; ça ne longe que les tombeaux des « autres »

La lutte ?

Il faut nommer le vainqueur et le vaincu ; elle ne ronge que ce qui est aux « autres »

L’indifférence ?

Elle ne nomme ni victime ni bourreau, elle ne songe pas aux « autres »

La résignation ?

Elle ne nomme ni les uns ni les autres, elle ne plonge que dans le vouloir d’un « autre »

Je ne veux pas le partage des richesses des autres

Je me moque de libérer la femme des autres

À quoi me sert de proclamer l’égalité des autres

Dénoncer les abus de pouvoir des autres

Réclamer le désarmement des autres

 

J’ai regardé au bord de mon corps…

au premier point de mon élan

Comme un cerf au bord du ravin, en contre-jour

Oubliant la ligne de mire des chasseurs

 

J’ai regardé au bord de mon corps…

là où la solitude s’achève au contact d’une autre chair

ou bien quand février gèle, étouffe seul dans la laine

Combien d’anges tiennent sur ma rognure d’ongle :
Et parmi eux, combien en ai-je déçu ?

 

Tous les ceci et les cela une fois prouvés font loi,

Mais périmées par le temps passés à les prouver

ceci et cela lus et approuvés quelquefois

ceci et cela durs et éprouvants souvent

ceci et cela comme neige au soleil

ceci et cela comme les infos de la veille

 

Le désordre vert des feuilles au jardin, sous le vent

L’écho des musiques de cour en cour, en vagues

le parfum d’un café au matin, un rien grand-chose

la douceur les cartes sur le tapis au bar, mousse et humus

la saveur d’un moka ou d’un piment, feu dans le fade

portent en leur face cachée une dédicace,

 l'épitaphe des combats inutiles, des armées identiques,

des drapeaux alignés au musée de mes désertions

 

Le rideau des platanes sous la pluie,

Vers le canal, borde mon lit

le long de la route nationale,

encage mon horizon.

je vais déposer mes oriflammes et mes bûchers, et jusqu’au bord de mon corps,

devenir ce que je suis, ce dont je ne rêve pas

 

Je suis du sang, je suis de la sève, de l’eau des torrents et du grain de la pierre.

Je suis un suc dans la branche, une veine dans le bras, une rigole sur la grève.

Je serai hier je suis demain j’étais maintenant.

J’ai tout autant de créances que je devrais avoir de croyances

 

J’ai regardé le bord de mon corps : de très très près, là

Où les molécules se frôlent en vraies galaxies :

les atomes ne dessinaient aucune frontière.

Seules dansaient des amas de quasi-particules, toutes de même facture.

L’orgue des choses va jouer la musique de mes sphères,

— bosons, neutrons, électrons, photons, protons, marchons, marchons —

Puis réglera ma dette aux échanges atomiques :

Car mon coeur danse déjà debout sur mes tripes

 

J’ai voulu toucher le bout de mon monde,

J’ai bien des limites, mais je ne trouve pas ma frontière.

Je ne suis qu’un résumé des autres choses, mises autrement, pour un temps par ici.

Une combinaison possible de particules à jamais séparables.

Et à ce jour, consanguin de toute chose.

production de le babel
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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 14:58

Un peu partout transpirent des escaladeurs de nuages

Tous ont commencé en voulant monter plus haut, là-haut.

Tout ce qui regardait un autre but, on lui crevait les yeux.

Au soir, délavés par la brume, ils dormaient dans du papier buvard

Pour qu’au réveil les traces de leurs rêves soient intactes.

 

Toutes leurs épitaphes bégayaient le même genre d’hommage

Avec des majuscules travaillées et de mignons guillemets

Ce n’était que tension, et efforts à la louange de leurs cieux.

Et qu’importe qu’existe ou non quelque chose d’autre

Ils avaient pavé un quotidien méritant leur contact

 

Ils ont grimpé plus haut plus fort sans cesse d’âge en âge

Et brin par brin, logé entre toujours et jamais, ils ont

Blanchis dans leurs sueurs montées en neige, vieux,

Soudain, des mille nuits blanches à retoucher

L’itinéraire pour qu’il soit de plus en plus en exact

 

Ils n’ont pas remarqué que depuis longtemps, déjà

Ils avaient dépassé le climax tant désiré, que légers

Ils escaladaient nimbus et cumulus, explorateurs des nuées.

Vint un funeste maudit jour. Ils s’en aperçurent. Beaucoup,

Raison et poids retrouvés, comme les anges, furent déchus.

 

D’autres ont disparu, nul ne sait où, plus loin que les nuages.

Au nom des morts, on fabriqua des bornes, des discours, des médailles

D’autres, encore encordés sans but, ont continué par habitude, par jeu.

 

Pourtant, au-delà, au-dessus de toutes les pointes de nos pinacles

Quelqu’un répare tant les sommets, qu’on irait bien fouler leurs névés

Abîmés par les échecs, les légendes, les limites, mais au soir, tombant

Avec ceux qui se savent plus lourds que les vapeurs sculptées

Par ceux qui n’ont pas voulu laisser le dernier mot à ces damnés sommets.

 

 

(Merci à NR, fidèle aiguillon)

production de le babel
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 23:47

Tu verras quand ça t’arrivera.

Tous tes châteaux en Espagne,

Tes apports à l’élan communal

Tout ça lentement fondu recouvert

Dévoré envahi digéré disparu

Dans le brouhaha bouclé poli

Des souvenirs qu’on n’agite plus

À leur place définitive, solide

Parce que là après les mousses

Après les fougères et les lianes

L’Amazonie d’un autre germera.

 

De ce qui pousse à présent

Là où tu ne seras que passé.

Plus tard lorsque ça t’arrivera

Parti d’ici, mais vers quel là-bas

Tu verras que tu ne verras rien

De tout cela qui t’oublie déjà.

 

Lorsqu'à petits coups de friches

D’étangs verts de sous-bois sans toi

Ton ancien monde sera à nouveau neuf

 

Ton tour viendra et tu danseras
production de le babel
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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 19:22
Amours post-industriels (extrait)

Encre d'Anne Lenotte

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 02:51

Dans cette société on ne peut plus marchande

Quand il n’y aurait plus de soleil en rayon

Qu’il manquerait d’oiseaux dans les réserves,

Il nous restera en poire pour la soif, un bon

Un bon de commande pour qu’on nous serve,

Un monde où nul ne serve ni commande

De grosse palette de vers en conserve,

De la poésie industrielle et à la mode

 

S’il devait en être ainsi, je vous en prie,

(Et vous ne payerez pas même un dollar)

Prenez les vers sur ma charogne, car

Même mort, sur moi grouillera la poésie

production de le babel
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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 01:15

Flash en rafales dans les pupilles

Trop de lumière nuit —

Cris en crescendo dans les familles

Trop d’accalmies ennuient —

Quand j’ai acheté du jasmin en fleur

Je ne savais rien de sa puissance

Dans le jeu des odeurs domestiques,

Toutes sont venues prêter allégeance

À un fouillis de vert et de blanc.

Sans doute, vrai parce que beau,

La juste mesure, le bon tempo

Dorment-ils incognito

Sur une aire de repos —

Il faudrait baisser le régime :

Demander au GPS à quoi bon

Hurler avec les pistons,

En tête d’affiche, 

À quoi bon

Rire des promesses jurant que

Nos consécrations se déferont 

Que l’autoroute du succès

Tomberont en abîme —

Par contrat social, je me fiche

Des couronnes sur masques serviles

Où l’amitié est un détour inutile.

 

Le règne comme la mort se vit seul

 

Plus de flash dans mon avenir

Peu de lumière suffit —

Si trop sérieux s’abstenir

Cascade de farces sur mes parvis —

Le lierre sait-il qu’on va l’arracher de son mur ?

Lui qui se vantait d’avoir gagné la guerre

Marquis au service du végétal : un pur !

On le dressera en tumulus fané :

Aucun monument pour les rois déchus.

Nul doute pour la force grosse et riche !

Sûr que je vaux mieux, mais à quel prix —

Ici, tous les amis

Ne font pas comme si —

Si je vais dans le mur,

Fleur au fusil,

C’est que j’aime son crépi —

Finie la baston,

À quoi bon ?

Adieu, les promotions :

Cette fois j’en suis sûr :

J’ai perdu le protocole

Pavé de bonnes intentions

Le jour où fixant mes peurs

J’ai mis au clou ces réussites

Où les compères sont des dangers illicites.

 

L’amitié sera la pudeur de ma nudité.

production de le babel
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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 10:18

Il y a de quoi faire.

Las Vegas peut très vite changer.

Imagine, imagine un instant

Qu’on te donne un désert

Et vas-y, bats les cartes

Mais arrange-toi pour qu’au final

il y ait de l’asphalte dans le sable blanc

De quoi nourrir le GPS

Vers une grande salle en couleurs vives

Pour y battre des cartes bariolées

Où aucune n’est blanche

 

Il y a du pain sur la planche !

C’est fini le menu fretin du jour :

Plus de friture sur la ligne.

Allez ! on mange à la carte,

Et ne mégote pas sur les sauces.

Appelle un chat un Bastet de salon

Ne rend surtout feuille blanche :

On ne craint rien plus que la famine,

En costume blanc, au restaurant.

 

Embarque sur un « Pourquoi-Pas » :

Charcot est mort, vive Charcot !

Une banquise et pas d’œufs à la neige.

Des Inuits ont jadis monté des pierres

Pour me laisser un inoutschouk.

Les traces des rennes du Père Noël

Écrivent de grises runes sur le gel :

De l’horizon jusqu’à la porte, 

Je veux un Alaska rien que pour moi

La carte est sans chemin, blanche.

 

Tu as peur de ta page blanche…

Je le sens, je le sais, j’aime ça.

Mais tu n’as plus le choix, fini

Tu es né, tu es arrivé sur le registre

Tu es noté sur le Grand État Civil !

Tu peux avoir peur : ça passe le temps.

Mais ta page blanche, on s’en occupe,

Si tu veux : on n’est pas des bêtes.

Qu’est-ce tu as, t’es tout pâle ?

Tu ne veux pas nous laisser vivre ta vie ?

 

Ah bon… comme tu veux, mais dis voir :

Où va couler ton joli sang rouge ?

Dans les pupilles flashées à la Las Vegas ?

Dans le houx de tes cartes de vœux ?

En aurore sur ta banquise arrière ?

Soulignant les titres du menu, du festin ?

Ou bien en gouttelettes papikra figées

Sur l’émail de la mâchoire du temps ?

production de le babel
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