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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 04:40

C’est vrai que, quand tu étais petit, les choses

Avaient un autre goût ? Plus de goût, ou un autre ?

As-tu perdu le goût du blé pour l’épeautre ?

Préfères-tu l’aubépine à la rose ?

 

Tu n’as pas trouvé la porte du fade ni son goût.

Tes papilles sont sépia, en pattes d’éléphant

Rouflaquettes et souvenirs remastérisés.

Tu vis enroulé sur tes vingt ans, figé

Comme une coquille d’escargot mort.

 

Le fade a le goût subtil de ce qui a été

Il propose sans imposer, souligne, évoque.

Présent, peu à peu, partout, il n’y a rien

Qui puisse prétendre à être son étendard.

Le fade, si tu l’écoutes, est une qualité

Car il ne peut jamais venir seul, régnant.

 

Ma vie devient de plus en plus chargée

Et toutes ses saveurs, ou bien s’usent

Au fil des ans, des répétitions, des échos,

Ou bien s’annulent lorsqu’elles se croisent.

C’est pourquoi ma vie est devenue fade.

J’allais pour la jeter comme une eau grasse quand

 

J’ai remarqué l’importance de ce fade discret

Qui s’oppose à toute régence, à tout empire.

Il lui faut des soutiens divers, neuf et vieux,

Rouges et verts, acides et sucrés, et plus encore.

Le fade est un appel à tous les temps :

À ceux passés en ce qu’ils ont déposé,

À ceux présents en ce qu’ils effacent,

À ceux à venir, les bras pleins de surprises.

 

Le fade n’est pas à rejeter, mais à attendre.

Il est le fils de l’expérience et du désir,

L’héritier des attentes sous la pluie, la nuit.

Il appelle jusqu’à l’ombre du piment

Et refuse l’incendie où les goûts brûlent.

 

Goûte ce gris, comme il est pâteux, prêt à porter

En triomphe n’importe quel éclat, même sombre !

Aime le fade au plus vite, car le temps passe,

Et nos couleurs avec lui, ouvrant sous tes pas

Des abîmes où glisser si tu n’y reconnais pas

La gueule béante qui hurle tes désirs, les nomme.

Le fade est ce goût subtil qui cercle de plomb

Les couleurs de tes jours, jusqu’au vitrail où

Les reflets de tes paradis trouveront un corps.

 

Pour quoi donc, quand tu étais petit, les choses

Avaient un autre goût ? Le fade en veut des autres :

Il n’y a pas de blé caché sous l’épeautre,

Mais d’autres nuances dans l’ombre des choses.

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rédigé par le babel
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